ACTE TROISIEME.
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Aménaïde m’aime, et fon cœur me répond
Que le mien dans ces lieux ne peut craindre un affront.
Loin des camps des Céfars, et loin de l’illyrie,
Je riens enfin pour elle au fein de ma patrie,
De ma patrie ingrate, et qui dans mon malheurAprès Aménaïde eft fi chère à mon cœur!
J’arrive; un autre ici l’obtiendrait de fon père!
Et fa fille à ce point aurait pu me trahir ! .
Quel eft cet Orbaffan ? quel eft ce téméraire ?
Quels font donc les exploits dont il doit s’applaudir?Qu’a-t-il fait de fi grand qui le puifle enhardirA demander un prix qu’on doit à la vaillance ,
Qui des plus grands héros ferait la récompenfe,
Qui m’appartient du moins par les droits de l’amour ?Avant de me l’ôter, il m’ôtera le jour.
Après mon trépas même elle ferait fidelle. (/)L’oppreffeur de mon fang ne peut régner fur elle.
Oui, ton cœur m’eft connu, je n’en redoute rien,Ma chère Aménaïde, il eft tel que le mien,
Incapable d’effroi, de crainte et d’inconftance.
SCENE III.
TANCREDE, AL'DAMON.TANCREDE.
A H ! trop heureux ami, tu fors de fa préfence,
Tu vois tous mes tranfports; allons, conduis mes pas.
A L D A M O N.
Vers ces funeftes lieux, Seigneur, n’avancez pas.