SATIRE III. 27
D'un Auvernat fumeux, qui meflé de Lignage,
Se vendoit chez Crenet, pour vin de l’Hermitasge,
Et qui rouge en coleur, mais fade& doucereux,
N'avoit rien qu'un gouft plat,& qu’un de boite ak-freux,;
A peine ay-je fenti cette liqueur craîtreffe,
Que de ces vins meflez j'ay reconnu l'adrefle,
Toutefois avec eau que j'y mets à foiſon,
f'efperois adoucir la force du poifon.
Kais, qui l'autoit penfé? pour comble de diſgrace,
Par le chaud qu’il faiſort nous n'avions point deglace,
Point de glace, bon Dieu ! dans le fort de l'Eſtè,
Au mois de Juin! Pour moi, jeftois fi tranfporté,
Que donnant de fureur tour le feftin au Diable;
Ie me ſuis veu vingt fois preſt à quitter la table;
Et dûit-on m’appeller& fantafque& bouru,
J'allois fortir enfin: quand le roft a paru.
Sur un liévre flanqué de fix poulets etiques,S'élevoient trois lapins, animaux domeſtiques,Qui dés leur tendre enfance élevez dans Faris,Sentoient encor le chou, dont ils furent nourris,
Au tour de cet amas de viandes cntaffées,
Regnoit un long cordon d’-loüetes preſſées,
Et fur les bords du plat, fix pigeons étalezPrefentoient pour renfort leurs ſquelettes brûlez.
A cofté de ce plat pareiſſoient deux falades,
Lune de pourpier jaune,& l'autre d'herbes fadesDont l‘huile de fort loin ſaiſiſſoit l’odorat y
Er nageoit dans-des flors de vinaigre rofat.
Tous mes Sots à Linſtant, changeant de contes
ance,Ont loué du feftin la ſuperbe ordonnance:‘Tandis que mon Faquin, qui fe voyoit priſer,Avec un ris moqueut les prioit d’excufer.Sur tout certain Hableur, à la gueule affimée,Qui vient à ce feſtin, conduit par la fumée:Et qui seſt dit Profés dans l’ordre des Coſteaux,À fait en bien mangeant l’éloge des morceaux,Je riois de le voir, avec ſa mine étique,Son rabat jadis blanc,&{a perruque antique,En lapins de Garenne ériger nos clapiers
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