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plupart des jugemens que nous portonsdes autres hommes, «aillent de nosaffections, & varient comme elles. Unepersonne qu’on aimoit , avoir millebelles qualités : venons-nous à la ha'ir, àlui porter envie ; ou devient-elle con-traire en quelque chose à nos sentimens»à nos désirs, à nos intérêts : elle n’a plusà nos yeux aucun de ces avantages quenous lui reconnoilfions. Elle n’est pour-tant pas changée : mais notre cœur l’està son égard. Nos pallions font commedes verres colorés, qui nous font voirsuccelîîvement les objets tout différonsde ce qu’ils font. Combien ne devons-nous donc pas nous en défier, si nousvoulons toujours juger avec équité &avec sagesse !
Que d’ennemis n’avons-nous pas au-dedans de nous-mêmes, qui conspirentà tromper notre foible raison, & nousdictent, si nous n’y prenons garde, au-tant de sentences téméraires que de dé-cisions ! De ce nombre est F orgueil , en-fant de l’amour-propre. C’est lui quinous persuade que nous avons toujoursraison , & par conséquent que le tort estdu côté de ceux qui ne pensent pascomme nous : nous les traitons d’aveu-gles, d’entêtés, d’opiniâtres, avant deleur avoir bien prouvé qu’ils l’étoient,& fans considérer qu’ils pouroient égale-