Ne rompez pas aisément avec vos amis.Il n’y a point d’amis-qui ne puisse man-quer à notre égard, mais il n’y a gueredemanquemens qu’on ne doive excuser.Il faut se passer l’un à l’autre bien deschoses , si l’on veut que l’amitié subsiste.Lorsqu’on a donné la sienne à quelqu’un,on s’est obligé non-seulement à sentirses peines, mais à souffrir ses fautes5 &ce seroit vouloir bien peu souffrir pourlui, que de ne vouloir rien souffrir delui. Un jour Henri IV , ce grand Princeque nous aimons à citer, fut surpris d’uneremontrance vive & hardie que lui fitM. de Vilîeroi, un de ses Secrétairesd’Etat. Ventre -saint -gris , lui dit-il,parle -t -on ainß A son Maître? M. deVilîeroi le voyant en colere, se retiraavec respect. Le Roi le suivit, & l’ayantatteint à la porte de son antichambre ,il lui dit : Monsieur de Vilîeroi , il nefaut pas que deux vieux amis fe quittentpour si peu de chose.
Il n’y a que les manquemens tropatroces ou absolument opposés à l’amitié,qui permettent légitimement de la rom-pre. L’homme qui reproche à son amiquelque déshonneur de fa famille ouquelque service qu’il lui a rendu, quilui témoigne du mépris & de la fierté,mérite de le perdre. On peut revoir en-core son visage, mais on ne retrouvera'