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nous, à condition de n’en point dire
de mal.
C’étoit donc une fanfaronnade, ouune défaite de l’amour-propre, toujoursingénieux à fe tromper, que la réponsede Boileau - Desprc'aux. Lorsqu’on luireprésenta que s’il s’attachoit à la satire,il se feroit des ennemis qui auroient tou-jours les yeux fur lui &ne chereheroientqu’à le décrier : Hé bien , répondit-il, jeferai honnête homme , &je ne les craindraipoint. Mais ignoroit-ildonc qu’il est biendifficile d’être toujours honnête hommedans le métier qu’il faifoit? Le meilleurPoëte satirique ne manque-t-il pas essen-tiellement à la probité, lorsqu’il outreles choses, & que sans égard il immoleses contemporains à la risée de son siede& de la postérité, comme on a reproché,avec assez de justice, à Despréaux del’avoir fait? Aussi ce Poëte , qui s’est im-mortalisé par son Lutrin , son Art Poé-tique & ses Epltres , auroit-il une gloireplus pure , s’il n’eût pas composé sesSatires.
Ce n’est pas qu’il ne soit quelquefoispermis, qu’il ne soit utile même, de cri-tiquer les mauvais Auteurs,& de prendreen main la défense du bon goût contreses ennemis , comme on peut démasquerl’erreur, l’hypocrisie pernicieuse, & faireconnoître les gens dangereux, afin qu’ils