FEV FEV 69
cas moins d’érudition ni d’élégance dans les préfaces de Séné- Le grand savoir de M. le Fêvre, n’étoítpas ce qui le rendaitaue k Philosophie & de Sénèque k Rhéteur. La lettre à Baronius le plus estimable, c’etoit fa vertu, fa probité, fa simplicité & fafur la pdtion du vin de Myrrhedonné à Nôtre-Seigneur, fidélité pour tes amis. Ce qu’il fit pour un illustre ami prison,
est aufiipleine d’érudition; il y prétend que c’est un breuvage mer Paul Pehilon, & prisonnier pour des affaires d’Etat, en lui
aue l’on donnoit aux suppliciez pour les assoupir , & les ren- dédiant Ion Lucrèce, est un exemple héroïque qui fera toujours
dre moins sensibles aux douleurs. II a fait quelques observa* loue & peu iuivi.
rions judicieuses sur divers endroits du nouveau Testament, & En 1672. le Prince Palatin l’appella à Heidelberg , par des
une observation assez courte, pour prouver que ce n’est point lettres tres honorables qu’il lui fit l’honneur de lui écrire ; & dans
feint Denys VArcof Agite qui est venu en France . II y en a le teins qu u ie preparoit pour ce voyage, il fut attaqué d’uneune assez longue fur le célibat des Prêtres. On trouve encore fièvre continue qui 1 emporta en onze jours, en la 97. année dedans ce recueil quelques poésies , une lettre au Cardinal Baro- son âge. 11 tut appelle a Utrecht & à Leyde pour être Proses *nius, touchant les droits temporels de l’Eglife romaine, & quel- leur en grec, mais on prétend qu’une lettre que M. Viodati lui
ques autres lettres. Ces ouvrages latins font suivis de quelques écrivit, ou plutôt une inclination qu’il avoir à Saumur pour Ma-
écrits franqois , dans lesquels il n'y a pas moins d’erudition. demoiselle Liger 1 en détournèrent. C’est à la même paíìion qu’onEn général l’on peut dire qu’il paroist beaucoup de science & attribue Ion départ bruique de Paris ou M. de Colbert vouloir l’ar*de sagesse dans les œuvres de M. le Fêvre. Son style est pur, rêter. Ce procede déplut au Ministre & fit perdre au savant,net & concis ; il est juste dans ses conjectures, fort dans ses rai* trop amoureux, une pension de cinq cens écus que le Roi luisonncmens, & fécond dans ses citations. II possédoit en per* donnoit. 11 a eu de Marie Olivier fa lemme, r°. un fils nommésection les anciens Auteurs écclésiastiques & prophanes ; il les Tamegui le Fevre , qui a été Ministre en Hollande , & ensuiteavoit étudiez avec soin, & en avoir revû plusieurs fur les ma* is> ou 16. ans a Londres , après quoi il vint à Paris en 1697. &nuscrits. 11 étoit critique éxact & judicieux, fans être trop har* embrassa la Religion Catholique. On a de lui un petit ouvragedi. H étoit fort attaché à la doctrine de l’Eglìse catholique, & de Futilitate Foetica imprime à Amst. en 1697. a . deux filles,avoit un amour sincère pour la vérité, pour la vertu, & pour le l’une qui est Me. Datier , dont l’article fuit, & l’autre a été ma-lien de la Religion & de P Etat II étoit charitable envers les riée a Paul B auldri Professeur d’Utrecht . * Mémoires four fer*pauvres, doux, humble & bienfaisant. II communiquoit volon- vir à P hiß. des hommes illustres fr c. tom.tiers ses lumières, & fournissoit ses manuscrits & ses mémoires, f FEVRE, ( Anne le ) naquit à Saumur fur la fin de l’an.
dans la vûë feule du bien public, fans vouloir en tirer aucune née i6;i. de Tannegui le Fêvre & de Marie Olivier. Son père
gloire. Sa mémoire étoit si sure &íi fidelle, que quoi qu’il n’eût ne pensoit nullement à l’élever dans les lettres ; mais le bavard,
point fait de recueils, il se ressouvenoit à point nomme des choses ou plutôt la Providence en décida autrement. M. le Fêvre avoit
qu’il avoit autrefois lués, lors qu’il en avoit besoin. II a vécu U n hls qu’il élevait avec un grand foin ; pendant qu’il lui taisaittìans la retraite avec la politesse d’un homme de cour ; & à la des leçons, Anne le Fêvre , qui avoit alors onze ans, etoit pré-Cour dans la simplicité d’un solitaire. Enfin sa mémoire a ete sente & travailloit en tapisserie. II arriva un jour que le jeune
& sera toujours en vénération parmi tous les gens d’érudition, écolier répondant mal aux questions de son père , sa sœur le
de piété & de probité. * Du Pin, bìblioth. des Aut . écclestasti- souffloit en travaillant & lui suggérait ce qu’il devait répondre.ques , xyil.stick , tom. 2. Mémoires four servir à l’hist. des Le père l’entendit, & ravi de cette découverte, il resolut d’éten-lommes illust. frc. tom. 7. dre sor elle ses foins, & de l’appliquer à l’étude. Elle tut très
C FEVRE, (Tannegui le ) naquit a Caën l’an 1619. d’une tachee d’avoir tant parlé, car des ce moment elle fut assujettie à
honnête famille. Son père , qui le vit fort bien fait, voulut qu 1 !! des leçons reglees. EUefìt en peu de tems de lì grands progrès»
cherchât fortune par quelque chemin plus court que celui des let- hue * on k^re charme d’un fi excellent naturel, s’applïqua en*tres; mais son oncle , qui étoit Ecclésiastique . fe chargea de son tièrement a 1 instruire. De son écoliere , elle devint son conseil»éducation, & le prit cnez lui pour l’instruire lui-même. C’étoit de forte qu il ne faisoit rien fans le lui communiquer* Elle pre*
un homme fort íçavant, mais trop sévère, & qui traitoit trop ru- noit souvent la iiberte de disputer avec lui. Une des plus cé-
dement fòn disciple : de manière que l’apprentíssage de M. le lebres disputes fut fur le Quinte-Curce de Mr* de Vaugelas . SonFêvre commença par les larmes. Dégousté d’un Maître íi rude, pere le lui faisoit lire devant lui, & étoit charmé de cette tra-mais fens être nécouragé » il quitta la maison de son oncle , & duction. Mais elle avoit la hardiesse de lui marquer des chosesretourna chez son père, où il apprit le grec tout seul. Ensuite qui lui deplaisoient, de grandes négligences pour le style , des
il alla étudier à la r lèche , où il fiten peu de tems de très grands fautes même de langage , & des endroits mal traduits ou mal
progrès. Après qu’il eut achevé ses études , on l’envoya à Pa- rendus, «L souvent il etoit forcé d’en convenir. Le dépit de s’étreris, où il se fit bientôt des amis très-considérables. Le Cardi- trompe ne ■ faisoit qu’augmenter en lui la joye de voir dans une
nal de Richelieu l’honora de fa protection , & lui procura une personne íi jeune un discernement si fin, & un goût si exquis,
pension de deux mille livres. Quelques années apres la mort de Lors qu’elle içut ailés de latin pour lire Phèdre & Térencc, ilce Ministre, étant entré dans les opinions des Protestans, il fut rappliqua au grec. Cette langue eut pour elle tant dc charmes,
appeÙé à l’Académie de Saumur pour être Régent de troisième , qu en peu de tems elle fut en état de lire Anacréon . Gallima-
poste qu’il préféra à celui de Professeur en grec à Nimègue , où que , Homere , & les tragiques Grecs. Elle marquait dans feS on le demandait en même tems. Son mérite fut bien-tôt con- lectures un sentiment si vif de toutes les beautés de ces excel*nu ; & on lui envoya de jeunes gens de toutes les Provinces du lents originaux, que son père en étoit ravi, & que le plaisir de
Royaume & des pays étrangers. Jamais homme n’a eu plus de l’instruire adouciíloit toutes les peines de se profession. Pour la
talent que lui pour enseigner. Non seulement il applaniffoit tou- divertir dans ses etudes sérieuses, il lui apprit l’italien , elle lut
tes les difficultez, & ô toit toutes les épines des etudes ; mais il avec lui plusieurs Poètes, & enfin le Tasse où elle démêlait ad-y faisoit trouver des agrémens infinis, & fçavoit inspirer un véri- mirablement la différence qu’il y a entre ce Poète , & Virgile &table amour pour les belles Lettres. 11 avoit une connaissance Homere . Son pere étant mort en 1672. elle vint l’année fuivan*
des langues grecque & latine au dessus du vulgaire ; il en pof- te à Paris , où fa réputation Pavait deja devancée. Elle s’appli*
fédoit P esprit", il en connaissait le génie jusqu’aux moindres dé- qua à travailler alors fur Callimaque . Elle en fit voir quelqueslicatesses, & en faisoit sentir toutes les beautez. Cela rendait ses cahiers à Mr. Hue t , Sous-Precepteur de Monseigneur le Dau-leçons si utiles & si charmantes , que les Théologiens & les Pro- p hin & à plusieurs íçavans de la Cour. Cela fit tant de bruit, quefesseurs mémes faisoient gloire d’y affilier. Les ouvrages qu’il a M- le Duc de Montaulier lui fit proposer de travailler à quelquesdonnés au public, comme ses notes fur le Timon & le Peregrin Auteurs Latins pour P usage de ce jeune Prince. Elle rejetta d’a*
de Lucien, fur Anacréon, fur Lucrèce, fur Longin , fur Elien , fur bord cette propolition qu’elle trouvait au dessus de ses forces.
Apollodore, fur Phèdre, fur Justin, fur Térence, fur Virgile , sor M. de Montaulier ne fe rebuta pas , il lui fit l’honneur de la ve-
Horace, fur Entrave, fur Aurelius-Víctor , & ses deux volumes de nir voir, & charmé de la conversation qu’il eut avec elle, il ne la
lettres marquent í’étenduë de son génie pour la critique. quitta point qu’il ne l’eût disposée à obéir & à accepter une
Son style latin est fin & délicat, & il est aisé de voir qu’il chose, qui lui étoit fi glorieuse, & dont il lui faisoit attendre del’avoit mis, si l’on ose s’exprimer ainsi, à la teinture des meil* grands avantages. La renommée fit retentir le bruit de son nomleurs Auteurs. Les bons Juges n’y trouveront ni affectation , par toute l’Europe. La Reine de Suède Christine en fut frappée,ni pointes. Tout y est heureusement exprimé. II avoit aussi ct lui fit faire des complimens par M. le Comte de Conigsmark.beaucoup de génie pour la Poésie grecque & latine , & ses vers Mademoiselle le Fêvre pour témoigner à la Reine sa reconnais-sant (signes des meilleurs siècles. Son poème d’Adonis ell d’un lance d’un si grand honneur , lui écrivit une lettre latine , &
goust excellent, & ses sables de Locman peuvent être campa* lui envoya son Florus qui avoit paru en 1674. La Reine reçut son
rees à celles de Phèdre. II a donné aussi quelques ouvrages fran- présent avec bonté & daigna l’en remercier par une lettre tort
çois comme la vie des Poètes Grecs ; une méthode pour les étu* obligeante. Quelque tems après elle lui fit encore l’honneur de
des ; le 1. Alcibiadc de Platon ; le festin de Xenopnon ; un ab- lui écrire pour la presser de changer de Religion & pour l’atti-
tégé des vies de Thélèe & de Romulus ; le traité de la superiti- rer auprès d’elle avec des offres très avantageuses. Au com*
tionpar Plutarque ; & la vie d’Ariltippe. mencement de l’année 1Ü8;. elle épouse M. Datier , avec le-
i Dans tout ce qui est purement de lui, il paroît beaucoup quel elle avoit été élevée dès se première jeunesse. Madame
d’art, deíçavoirct d’efprit ; mais on peut dire que son français Datier déclara peu de tems après son mariage à M. le Duc
n’a pas les grâces de son latin. 11 fçavoit trop les règles de nò- de Montaulier & à M. l’Kvêque de M eaux, le dessein qu’elle
tre langue, & n’en connaissait pas assez le génie & le naturel avoit de changer de Religion. M. Datier qui avoit le même deí-
Comme il passait se vie dans la Province, c’est-à-dire, presque sein se retira en 1684. avec son épouse pour quelque-tems à
hors du monde, il a plus écrit par étude, que par usege , & Castres , où ils avoient un bien médiocre résolus pour un tems
n’a pas toujours attrappé le tour français . D’ailleurs, il a gaîté à cesser tout commerce avec l’Antiquité profane , & à songer
son style par une affectation vicieuse, en voulant mêler le lé- uniquement au parti qu’ils avoient à prendre. Leurs amis n'ou-rieux de Balzac, avec l’enjoùement & le badinage de Voiture, blièrent rien pour empêcher ce voïage ; & M. de Charleval cet
Ge qu’il a écrit ne laisse pas de plaire ; & fi ses traductions homme li célèbre par 1a délicatesse de son ésprit, croyant que
n’ont pas toute l’élégance possible, elles sc soûtiennent par la c’étoit le mauvais état de leurs affaires qui les forçait à quitter
fidélité , & par les seavantes réflexions dont elles sont accom- Paris , vint leur apporter dix-millc livres en or, les conjurant de
pagnées. Sa principale occupation estait l’étude de l’antiquité les accepter. Us virent avec plaisir cette marque d’une gené-prosene : il ne laissait pas d’être habile dans l’antiquité sacrée. rosité dont il est peu d’exemplcs, mais ils refusèrent conítain-
I J ment