i6t LIVRE IX, CHAPITRE II.solument mes intentions ; & afin de vous y porter avecplus de raison , & par conséquent desuicere affection,je vous veux bien dire Vétat oh je me trouve réduit,qui efl tel 3 que je suis fort proche des ennemis 3 &n ai quafi pas un cheval fur lequel je puisse combattre,ni un harnois complet que je puisse endosser. Meschemises font toutes déchirées 3 mes pourpoints trouésau coude. Ma marmite eflsouvent renversée ; & de-puis deux jours je dîne & soupe ehe £ les uns & les au-tres j mes pourvoyeurs disant rí avoir plus moyen derien fournir pour ma table , d’autant qu il y a plusde flx mois qu ils n 3 ont reçu d!argent. Partant jugerçfl je mérite d’être ainfi traité , & fl je dois plus long-temps souffrir que les Financiers & Trésoriers mefafjent mourir de faim , & qu eux tiennent des tablesfriandes & bien servies ; que ma maison soit pleinede nécessités 3 & les leurs de richesses & d 3 opulence 3& fl vous n êtes pas obligé de me venir ajjfler loya-lement, comme je vous en prie.
Sully obéit, & entra au Conseil des Finances,où il éprouva toutes les contradictions que put luisusciter la cupidité, furieuse d’être dévoilée. Bien-tôt le Roi j éclairci des malversations qu il soup-çounoit, lui donna sa confiance toute entiere , &Je rit Surintendant.
Mais à peine la France eur-elle perdu le meilleurdes Rois, qu’elle eut á pleurer la retraite du Minis-tre qui avoir si bien secondé les vues de Ion Maître.La dilîìpation fit place à l’économie ; le désordreramena les besoins, & tous les moyens désastreuxqu’i! met en œuvre pour y suffire.
-Le trésor que Sully a volt amassé fournit d’abordà la déprédation : la prodigalité en usa comme sfileut été inépu,labié , òc en trouva bientôt la fin. La