94 Histoire de Charles XII.
l’Evêque qui craignoit pour les Etats de sonpupile, voulut conserver en aparence la neu-tralité : mais il lui étoit impossible de resterneutre entre l’armée d’un roi de Suede dont leduc de Holstein pouvoit être l’héritier, & lesarmées des Alliés prêts à envahir cet Etat.
Le comte Steinbok pressé par les ennemis,& ne pouvant plus conserver sa petite arméesomma l’Evêque administrateur de permettrequ’elle fut reçue dans la forteresse de Tou-ninge. L’Evêque se trouva réduit ou à perdreentierement l’armée du Roi ; ou s’il la sauvoit,à attirer sur le Holstein la vengeance du Dan~nemark.
II eut recours à la finesse, ressource dan-gereuse des foibles: il ordonna au colonelVols, commandant à Tonninge, de recevoirles troupes Suédoises dans la place. Maisen même tems il éxigea de ce Commandantqu’il ne parlât jamais de cet ordre; & Steinbokde son côté fit serment de tenir la négociationíecrette.
II fallut que Vols prît sur lui de recevoirl’armée dans la place, comme de fa propreautorité, & de paroître infidèle aux ordres deson Souverain. Tout cet artifice ne tournaqu’au malheur du Duc, du pais, & de Stein-bok. Le Czar, le roi de Danncmark, & leroi de Prusse bloquèrent Tonninge: les provi-sions qui dévoient venir à la petite armée man-quèrent par une fatalité qui a toujours ruinédans cette guerre les affaires de la Suéde.
Enfin Steinbok fut obligé de se rendre pri-sonnier au roi de Dannemark avec lès troupes,le 17. Mars 171Z. ainsi fut dissipée fans retourcette armée qui avoit gagné les deux célébrésbatailles d’Helíimbourg & de Gadebulh, sousan General dont on avoit conçu les plus grau-