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Les invités s’étant levés de table, Jean-Jacques se mit enquatre pour combler d'attentions celui qui l’avait si cruelle-ment humilié. « C’était là son habitude, » ajoute le peu bien-veillant biographe.
On comprend aisément que M me d’Epinay, alors éprise deRousseau, ne fut guère à son aise. Elle fit d’amers reprochesà l’auteur de cette scène, qui se borna à répondre : « Vousconnaîtrez un jour l’homme que vous défendez aujourd’hui. »
En relisant récemment le livre des Confessions qui se rap-porte au séjour de notre compatriote à Venise, l’enviem’a pris de rechercher dans les archives de la SérénissimeRépublique et de réunir toutes les informations que je pourraisavoir à Venise pour nous fixer sur la position de Jean-Jac-ques dans cette ville. Des recherches semblables avaient étéentreprises, il y a quelques années, par M. Streckeisen-Moul-tou, mais n’ont, à ce qu’il paraît, abouti qu’à peu de chose ousont restées complètement infructueuses. Si, de mon côté, jen’ai pas craint de reprendre ces recherches assez longues etméticuleuses, c’est qu’aujourd’hui je pouvais disposer de docu-ments appartenant aux archives du Conseil des Dix et desInquisiteurs d’Etat, jusqu’en 1866 jalousement gardés sousclef par le Gouvernement autrichien et dont l’examen n’étaitaccordé que par une permission toute spéciale de S. M. l’Em-pereur. On est revenu aujourd’hui de ces idées étranges et leGouvernement italien, dans un esprit de largeur et de libéra-lisme qui lui fait le plus grand honneur, ouvre généreuse-ment à deux battants et sans restrictions quelconques ces célè-bres et incomparables archives de la Segreta à qui vient frapperà cette porte autrefois défendue avec tant de précautions.
En faisant ces recherches, je me suis posé les questionssuivantes :