FRANCE ET RUSSIE
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immobiles, l’arme au pied, dans le silence le plus solennel. Les chasseurs,le pantalon dans les guêtres, l’alpin-stock ou bâton ferré en bandoulière,le béret de matelot crânement posé sur la tête, la ceinture de flanelle par-dessus la vareuse, avaient véritablement l’air martial. A l’horizon, le soleilcommençait à montrer ses rayons dorés, qui semblaient se dégager péni-blement d’une bande de nuages roses et blancs. Les oiseaux, depuis peuréveillés, pépiaient gaiement sur les arbres et saluaient une matinée dejuillet qui promettait d’être très belle.
Dans un coin, attendant des ordres, un groupe d’officiers causaient.
— Ah çà, de quel côté allons-nous aujourd’hui ? dit l’un.
— L'ordre porte : « Exercice de marche sur Chamounix », répondit unautre. Le général doit être de la petite fête...
— Tiens, voilà Perrin ! fit un sous-lieutenant, en désignant un jeuneofficier à la taille élancée qui débouchait sous la voûte de la porte d’entrée,en face le corps de garde. Ah çà, que vient-il faire ici aujourd’hui? Je lecroyais en permission !
Le lieutenant Perrin s’avança.
— Tu n’es donc pas à Thonon ? lui dit un de ses camarades, en luitendant la main.
— Non !... Pardonne-moi... Je suis pressé... Je ^expliquerai cela. Jecherche le commandant... Il n’est pas encore là ?
Et, sans attendre la réponse, le lieutenant Perrin tourna les talons etpartit précipitamment.
— As-tu remarqué comme Perrin a l’air préoccupé? demanda le sous-lieutenant Georget à son collègue Daniel.
— Oui... Probablement une contrariété; une affaire privée... Maisattention 1
Le plus ancien capitaine venait de s’avancer au milieu du carré formépar les troupes et prenait le commandement.
Un formidable « Garde à vous ! » retentit tout à coup, suivi aussitôt d’unaussi formidable : « Par le flanc droit ! »
Puis, le capitaine commanda Bataillon, en avant !... marche ! » Leschefs de compagnie répétèrent le commandement d’exécution et la longuecolonne s’ébranla, d’un pas vif et alerte.
La troupe porta les armes par sections devant le poste.
Il était trop tôt, et, pour ne pas réveiller les habitants, la joyeuse fanfaredu 11® alpins resta muette. Bientôt on prit le pas de route et chacun se mità deviser gaiement.
Les deux sous-lieutenants Daniel et Georget se rapprochèrent.