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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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FRANCE ET RUSSIE

Sais-tu, dit le premier, que nous sommes au grand complet et que,si la guerre survenait tout à coup, nous Saurions quà changer nos car-touches à blanc pour des cartouches à balles?

Je crois bien. Le général a prescrit demporter les vivres de réserve,les outils et tout le fourbi. Rien ne manque, et, sil prenait fantaisie auxmangeurs de macaroni de vouloir faire les malins, cest nous qui les avale-rions avant même quils aient le temps de se mettre en travers.

Les Italiens? fit Daniel avec une moue dédaigneuse... Eh bien! mais,et la douane ?...

Cest vrai, repartit Georget avec un grand éclat de rire; les alpinsnauraient même pas besoin de sen mêler, les douaniers suffiraient.

Plaisanterie à part, reprit le premier, ça chauffe-bas, surla frontière russe!... As-tu lu les dernières nouvelles?... Le généralGourko, qui commande six corps darmée russes, se dirige à marches forcéesdans la direction de Posen et il nest plus quà quelques heures de lalisière allemande. Quant au général Drogomirow, qui doit opérer contrelAutriche, il a concentré ses régiments en face de Cracovie... Tout celasent bien mauvais... 11 faut croire que les Russes, toujours bien renseignés,ont de puissants motifs pour agir ainsi... Il y a longtemps que loragemenace déclater. Gare au tonnerre !

Mois de gloire, ô juillet, mois gros dorages,

Que de fois, durant tes beaux jours,

Le tonnerre en courroux, roulant dans les nuages,

Na-t-il pas su répondre aux « rrra » de nos tambours !

Il ny a pas de tambours dans les chasseurs alpins, mais cela nefait rien.

Bast ! Vive la Russie! toujours et quand même! sécria Georget.Lalliance avec la France est conclue. Le plus beau jour de ma vie seracelui je pourrai serrer la main dun officier russe.

Mais diable veux-tu que nous en rencontrions un ?

A Vienne, à Berlin ou à Rome, parbleu! Le jour nest pas loin, va,Georget, les armées de la République et celles du czar, sublime con-traste, se salueront, alliées et victorieuses, sur un champ de bataille delEurope centrale.

Alors tu crois que, en cas de surprise, la Russie serait aussi prêteque nous?

Jen suis sûr, continua Daniel. Jai eu loccasion daller en Russie,jai été accueilli à bras ouverts par nos frères slaves ; et puis leur armée estmerveilleuse 1