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LA GUERRE DE MONTAGNES
La boîte à mitraille contient des balles en plomb durci, reliées par dusoufre : elles forment, en éclatant, de véritables soleils de plomb fondu.
Le feu par pièce, le plus usité, à l’exclusion des feux à volonté et desfeux par salve , le feu par pièce continuait avec violence. Le capitaine avaitmis pied à terre et était grimpé sur une petite éminence d’où, à l’aide de salorgnette de batterie, il observait les coups sans être gêné par les raresflocons de fumée; il était toujours assez près pour pouvoir diriger le feu àla voix. Il ne s’occupait pas des détails du tir etconcentrait toute son attention sur son personnel,sur le réglage et sur l’objectif.
— La deuxième pièce porte toujours trop àdroite, s’écria le capitaine.
Un oflicier rechercha aussitôt la cause de cettedérivation et la trouva dans une différence de ni-veau des roues : la roue droite était trop basse ;on creusa une rigole à l’emplacement de la rouegauche et on remédia ainsi à la déclivité du terrain.
Le sol était d’ailleurs très incliné en arrière, et,pour limiter le recul, les servants étaient obligésde s’appliquer aux cordes à bottillons, de chaquecôté de la pièce.
Le but du général, en faisant bombarder le vil-lage, était de préparer l’attaque en ébranlant lestroupes de la défense et en détruisant les obstaclesmatériels. Mais l’ennemi avait de l’artillerie aussi,et, aussitôt réveillés par nos obus, les artilleurs ita -liens s’étaient mis à nous répondre.
La lutte s’engagea donc entre les deux artilleries. Nos canonniersn’épargnaient rien pour établir leur supériorité et permettre à nos colonnesde prendre l’offensive. Afin de ménager ses munitions, dont le rempla-cement n’était pas facile à cause de T éloignement de la réserve, le capitaineévitait les tirs à trop grande distance, non susceptibles de résultatsdécisifs. Il s’inquiétait de la consommation des obus et gargousses, et serenseignait auprès du sous-chef artificier.
— Les douze premiers mulets ont déjà leurs caisses vides (1), dit celui-ciau capitaine. Vingt-quatre caisses à quatre obus, cela fait quatre-vingt-sixprojectiles consommés, c’est-à-dire juste la moitié de notre provision sur
(!) Dans chaque caisse, il y a quatre obus ordinaires, deux obus à balles, une boîteà mitraille et sept gargousses.
OFFICIER d’artillerieitalienne (grande tenue).