LA FRANCE ET LA RUSSIE
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j’ai envoyé la 9 0 batterie de montagne lui donner un coup de main. L’en-nemi ne s’est pas décidé à attaquer cette nuit et j’ai fait rappeler la batteriece matin... Tenez, la voici justement qui revient...
Au loin, en effet, on apercevait les artilleurs du capitaine Julien sepréparant à faire traverser le Rhône à leurs mulets. Un cavalier venait dereconnaître le gué. Une corde avait été tendue en amont, d’une rive àl’autre, pour servir de guide aux conducteurs; ceux-ci, saisissant la corded’une main, tenaient de l’autre l’extrémité des rênes de bridon et diri-geaient les mulets en lesexcitant de la parole etdu geste. Quelques inci-dents se produisirent aupassage.
Lorsque le cours d’eauest large, le courant fai-ble et la température éle-vée, les mulets ont unetendance à se coucherdans l’eau.Pour éviter cetinconvénient, les conduc-teurs doivent leur tenir latête haute et les empê-cher de s’arrêter pourboire. Les mulets s’abat-tent rarement dans lesmauvais passages quandon ne les entrave pas dans leur marche; il suffit de les guider pour qu’ilsne s’écartent pas du gué.
Plusieurs mulets, qu’on n’avait pas suffisamment surveillés s’étaientroulés dans l’eau. Les canonniers étaient accourus; ils avaient maintenu latête des animaux hors de l’eau, tout en les empêchant de se relever avec leurcharge ; pendant ce temps, d’autres canonniers essayaient de les débar-rasser de leur chargement et de leur bât, en coupant le surfaix et même lepoitrail.
Aussitôt qu’ils étaient déchargés, les mulets se relevaient et gagnaientla rive; les chargements et les bâts étaient ensuite retirés de l’eau parles servants et les sangles recousues par le bourrelier.
Les artilleurs n’avaient pas mis plus de quarante minutes pour effectuerle passage du matériel et des animaux. Aussi mettaient-ils déjà leurs pièces