LA FRANCE ET LA RUSSIE
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de 464 kilos. Aussi n’est-elle pas transportée à dos et, dans les passagesdifficiles, doit-on se contenter de la manœuvrer à bras.
Chez nous, aussi, la pièce de montagne, tout en étant faite pour letransport à dos de mulet, peut être roulée. Elle comporte, en conséquence,une limonière entre les bras de laquelle on peut atteler le mulet.
Cette disposition adoptée par toutes les puissances est-elle vraimentutile? On prétend que ni l’artillerie anglaise en Abyssinie, ni l’artillerieautrichienne en Bosnie, n’ont jamais trouvé l’occasion d’employer lalimonière. Chez nous, elle n’a servi qu’auTonkin, en y attelant des canon-niers et des coolies.
La faiblesse du calibre qui caractérise, en général, les bouches à feu desmontagnes, et qui est une conséquence de la limite du poids qui leur estimposée, entraîne une infériorité incontestable. Or, si les vues sont géné-ralement courtes lorsqu’on opère dans des pays très accidentés, il n’en estpas moins vrai que' certains points culminants commandent des étenduesassez considérables, et, pour utiliser au moinsles avantages de ces positionsdominantes, il faudrait pouvoir compter sur de longues portées.
De plus, la justesse est désirable. Malheureusement, la précision du tir,nécessitée par l’étroitesse des débouchés, ne va pas sans entraîner l’emploid’un matériel lourd.
On a cherché à tourner cette difficulté par un moyen ingénieux. LaRussie a imaginé de fabriquer des bouches à feu démontables, composéesde deux parties qu’on sépare pour le transport et qu on réunit pour le tir,suivant l’axiome de tactique : « se diviser pour marcher, se réunir pourcombattre. » Pareil système avait d’ailleurs été mis jadis en pratique : auxv° siècle déjà, on avait coulé à Perpignan des canons divisibles en deuxparties (1).
Une pièce construite d’après ces principes fut mise en service pendantla guerre contre les Turcs. Les résultats obtenus ont été satisfaisants ; on areconnu que le montage et le démontage s’exécutaient suffisamment vite etavec facilité, que la liaison des deux tronçons s’obtenait aussi complètequ’il était nécessaire.
La Russie n’a pourtant pas adopté les canons de montagne démontables.L’Angleterre, plus expéditive, en a déjà armé les troupes de l’Afghanistanet elle paraît s’être bien trouvée de cet essai. La Grèce aussi a, dit-on,introduit dans son armement des canons de même modèle et provenant dela maison Amstrong.
(I) L'artillerie de montagne, d’après de récentes publications, par E. M.