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LA GUERRE DE MONTAGNES
Les Italiens s’étaient retirés dans les caves et les tranchées pendant lebombardement. Dès qu’ils virent l’infanterie française dessiner nettementson mouvement, ils vinrent réoccuper les positions qu’ils avaient mo-mentanément évacuées. Certes, l’organisation matérielle de la défenseétait bouleversée, mais pas à ce point que l’ennemi ne pût en tirer parti.
Les bataillons placés sur les ailes ouvrirent un feu violent et serapprochèrent insensiblement. Les Italiens, en les voyant, crurent à unedouble attaque, firent face directement aux deux groupes séparés d’oùvenaient les coups et répondirent au hasard, au jugé, car aucune trace
de fumée ne décelaitnos positions.
Le feu était mainte-nant très intense. Leslignes ennemies parais-saient extrêmement so-lides et les balles ita-liennes faisaient enten-dre leur sifflement mor-tel à travers nos rangs.
Le colonel Decelles’avisa de dire au géné-ral Grimot :
— On ferait peut-être bien de faire avan-cer la batterie de lagare : l’arrivée de l’ar-tillerie relèverait ou raffermirait le moral de nos troupes.
— Qu’est-ce que vous dites? s’écria le général en lançant au colonel uncoup d’œil terrible. Vous voulez donc faire tuer mes artilleurs? Del’endroit où ils sont, ils font à l’ennemi tout autant de mal que s’ils étaientici, et là-bas ils sont à l’abri des balles.
La batterie de la gare lançait des projectiles qui passaient à unefaible hauteur au-dessus de nos bataillons et causaient sur eux une impres-sion désagréable qui pouvait être préjudiciable à leur action.
Pour remédier à cet inconvénient, le général ordonna de réduire lescharges de l’artillerie (1), de façon à relever le tir, à le rendre plongean
(1) L’adoption d’une gargousse divisible rend mainlenant cette opération facile, mêmesur le champ de bataille.
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