LA FRANGE ET LA RUSSIE
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geste préparatoire pour prévenir l’attention des hommes et des officiers,puis il faisait le geste d’exécution, énergique, rapide, élégant, compris partous et exécuté avec un ensemble merveilleux. Le bataillon marchait ainsien avant, en arrière, par le flanc, obliquait et changeait de direction audoigt et à l’œil. C’était très beau et très saisissant. On eût dit un immensecorps à six cents têtes, mu par un seul bras.
L’artillerie ennemie s’était tue depuis longtemps et nos artilleurs avaientaussitôt tourné leurs pièces contre J’infanterie italienne. Cette secondephase de l’action avait été dure pour la défense, à ce point que les Italiensavaient été obligés de se réfugier dans les abris. Ces abris eux-mêmesavaient été atteints par les nouveaux projectiles éclatant en largeur.
Un mot d’explication est ici nécessaire. Tous les projectiles, en Franceet à l’étranger, éclatent en profondeur et leur champ de destruction a à peuprès la forme d’un entonnoir. Comme de toutes parts on s’efforce deréduire la profondeur des troupes, il en résulte que l’explosion ne cause quedes ravages relatifs. Mais un inventeur français vient d’imaginer un projectilequi éclate non plus en avant, mais en largeur, sur les côtés, de sorte que,lorsque l'obus arrive sur une tranchée, il rafle tout ce qui s’y trouve à droiteet à gauche. Les effets ne sont plus ainsi directs, mais latéraux.
Ces projectiles, dont aucune autre puissance que la France n’a le secret,avaient fortement éprouvé les tranchées italiennes. L’ennemi les avaitévacuées; mais, dès que le canon français s’était tu, les Italiens étaientrevenus derrière leurs retranchements et avaient ouvert le feu contre notreinfanterie. Grâce au tir plongeant de leurs pièces, nos batteries de montagneavaient pu laisser approcher nos troupes à près de 100 mètres de la posi-tion ennemie. Mais, à cette distance, nous l’avons dit, elles avaient dûcesser le feu pour ne pas tirer sur les nôtres.
A cet instant, les bataillons placés sur les côtés avaient exécuté des feuxde masse très efficaces, qui avaient fait beaucoup de mal à l’ennemi. Mal-heureusement, celui-ci, apercevant tout à coup nos lignes minces, maisnombreuses qui s’avançaient comme ries flots légers, au pas gymnastique,baïonnette au canon, comprit où était le danger et tourna son feu contre lesassaillants, qui avançaient en bon ordre. Six pièces de montagne, sauvées del’enclouage de nos chasseurs et dissimulées derrière des branchages, semirent tout à coup à vomir des torrents de mitraille contre nos soldats.
Ceux-ci, surpris par cette artillerie qu’ils croyaient détruite, n’ayant queleurs poitrines à opposer aux projectiles qui tombaient pressés comme desgouttes de pluie, virent leurs rangs s’éclaircirent en un clin d’œil, puisfaiblirent et reculèrent jusqu’aux futaies, à 300 ou 400 mètres en arrière.