LA FRANGE ET LA RUSSIE
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de l’arme blanche, dans une surprise nocturne, est le signe le plus sûrauquel les assaillants puissent se reconnaître entre eux et se distinguer destroupes qui se servent des feux pour leur défense. Il offre sur les autresmoyens employés autrefois pour éviter des méprises funestes beaucoupd’avantages. En effet, rien n’indique d’une manière sûre aux soldats quirépondent par la fusillade à une attaque inopinée à l’arme blanche si lescoups de feu qu’ils entendent près d’eux sont tirés par leurs amis ou parles assaillants. Le plus difficile, dans une opération de nuit, est certaine-ment d’empêcher les assaillants de tirer (1).
— En somme, conclut Georget, quelques pertes que l’on fasse en hommeset en matériel dans une marche de nuit tenue secrète, on n’en éprouveragénéralement pas d’aussi graves que de jour, sous le feu meurtrier del’ennemi.
— Oui; seulement, pour réussir, il ne faut pas négliger un élémentindispensable : les surprises de nuit doivent être conduites dans le pinsgrand secret, par des chefs d’un grand sang-froid et exécutées sur unterrain bien exploré ou connu d’avance. C’est notre cas. Et puis il nes’agit pas seulement d’avoir bon œil, il faut aussi avoir bonne oreille.
— Que veux-tu dire?
— Je dis que, dans l’obscurité impénétrable, l’ouïe doit suppléer à lavue. Rien de plus précieux que le concours de ces deux sens ouverts cons-tamment sur les moindres mouvements de l’ennemi (2).
— Oui, mais en attendant, on aurait dû étudier davantage la questiondes signaux. Une fois dans un pays couvert, comment transmettre lesordres dans l’obscurité (3) ? Les Américains, qui pendant la guerre deSécession ont beaucoup employé les attaques de nuit, se sont montrés parti-
(1) Pendant l’expédition du Mexique, le colonel du Pin, commandant en chef de lacontre-guérilla des terres chaudes, avait, une fois pour toutes, prescrit à ses troupes dene jamais combattre de nuit qu’à l’arme blanche. Avant le moment décisif, les sous-officiers visitaient les armes à feu et s’assuraient que chaque homme en avait retiré lescapsules.
(2) Les Allemands ont ca'culé que, par une nuit tranquille, on peut entendre lamarche d’une compagnie d’infanterie à la distance de 5 à 600 pas si l’on marche, et à7 ou 800 pas si l’on est immobile. A 700 ou 750 pas on entend une escadron au trot;s'il est au galop, à 1,000 pas. Sur un terrain uni, des cavaliers isolés se font entendrede 100 à 200 pas de distance. Les données pour l’artillerie sont à peu près les mêmesque pour la cavalerie.
(3) Le règlement sur le service en campagne pose, en principe, l’utilité des signauxemployés comme moyen de communication, mais il n’insiste pas. Les meilleurs sont lessignaux silencieux. Frédéric 11 conseillait ceux « qui évitent la tiraillerie, les alarmes et lacriaillerie, qui ne peuvent qu’apporter une sorte de terreur et empêcher d’exécuter lesordres en règle. »