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LA GUERRE DE MONTAGNES
culièrement ingénieux sous ce rapport. J’estime que, en cette occasion, legénéral compte beaucoup sur la lumière électrique et le téléphone. Enfin,nous verrons. Je voudrais bien être à demain matin !
Vers dix heures du soir, la compagnie des chasseurs alpins commandéepar le capitaine Renaud se dirigea vers un petit monticule à proximité dela gare, où le général Grimot avait établi son quartier général.
Le capitaine Renaud prit le téléphone et ses 2 kilomètres de filenroulés sur une bobine portative qui fut placée sur le dos d’un chasseur,en guise de sac. Celui-ci se mit en route, se dirigeant vers la plaine, dansla direction de Bex, située à 1,400 mètres environ. Tous les 10 ou 15 mètres,le porteur de la bobine s’arrêtait, plaçait le fil téléphonique sur le bois d’unfusil, près de l’embouchoir, dans l’espace compris entre le canon et lequillon servant à former les faisceaux (1) ; un homme plaçait ensuite lefusil à la bretelle à l’épaule et restait immobile, ou à peu près, dans cetteposition : il était ainsi momentanément transformé en poteau télégra-phique. Puis, le porteur de la bobine continuait sa marche, s’arrêtait'unpeu plus loin, laissait un homme porte-fil et poursuivait ainsi jusqu’àproximité de l’ennemi.
Le capitaine Renaud, marchant devant, avait le récepteur fixé àl’oreille; il tenait le porte-voix de la main gauche et son revolver de lamain droite.
Un imperceptible grincement se fit entendre dans le récepteur.
Le capitaine Renaud s’arrêta.
— Allô ! allô! lui disait-on à l’oreille. C’est vous, Renaud?
— Oui, mon général, fil le capitaine à voix basse.
— Quoi de nouveau ?
— Avant de vous répondre, voulez-vous me donner le mot?
— Marseille et Marceau.
— Bien. Nous avons déroulé 1,200 mètres de fil et je crois que nousne sommes pas loin de messieurs les Italiens. Nous sommes à 300 mètresenviron de leur première ligne. Je viens d’envoyer une patrouille en avant :elle a été arrêtée par les sentinelles doubles de l’ennemi.
— A combien sont placées ces sentinelles?
— A peu près à 150 mètres du village.
— Bon. Vous n’avez pas donné l’éveil ?
— En aucune façon, mon général. La ligne ennemie paraît bien tranquille.
— Ne vous y fiez pas trop. Continuez à me renseigner. Je ne quitte pas
(1) On ne met plus la baïonnette pour former les faisceaux.