LA FRANCE ET LA RUSSIE
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gnies d'élite, et c’est ce qui me vaut le plaisir de pouvoir vous raconterce soir quelques incidents auxquels j’ai été mêlé.
Pendant que vous marchiez, messieurs, sur Martigny, par le col deBalme et par la Tête-Noire, les compagnies d’élite, qui étaient à l’arrière-garde de la colonne, s’arrêtaient à Argentière, pour s’y organiser.
Notre mission consistait à essayer de prendre les Italiens à revers, enpassant par des cols réputés infranchissables, et à éviter ainsi les fortsd’arrêt que l’ennemi a établis depuis longtemps sur sa frontière. Notréobjectif était de tenter de couper la retraite des Italiens par le grand Saint-Bernard.
Voici comment nous y sommes parvenus :
Une compagnie estpassée parla pointe d’Orny (3,098 mètres d’altitude) ;
Une autre par le glacier de Saleinaz (2,880 mètres) ;
Une troisième, la mienne, par le pas d'Argentière (3,824 mètres);
Une quatrième par le col Dolent (3,456. mètres) ;
Une cinquième par le col de Niolet (3,492 mètres) ;
Une sixième par le col de Talèfre (3,576 mètres);
Une septième parle col des Hirondelles f3,479 mètres);
Enfin, une huitième parle col des Géants (3,362 mètres).
En même temps que nous tentions ces passages, très difficiles commevous savez, les troupes françaises restées au camp d’Alberlville opéraientune démonstration vers le petit Saint-Bernard et menaçaient la valléed’Aoste. Cette fausse attaque a pleinement réussi*, car elle a eu poureffet de retenir les troupes italiennes concentrées à Courmayeur et depermettre à nos camarades de franchir certains cols sans trop d’en-combre.
Je ne vous parlerai, bien entendu, que de ce qui m’est arrivé et de ceque j’ai vu. Nous savions que du succès de notre mission pouvait dépen-dre l’issue du combat qui allait s’engager. D’autre part, nous ne nous dis-simulions pas les difficultés. La vaillante compagnie des guides de Cha-monix, composée tout entière d’excellents patriotes, se mit à notre dis-position, et se divisa en huit groupes, correspondant chacun à une de nosfractions constituées.
Il ne pouvait être question d’emporter le train ordinaire; on supprimadonc les mulets et on laissa les havresacs. Chaque homme ne conservaque sa couverture, roulée en sautoir, son bidon et sa musette contenant unjour de vivres et toutes les cartouches.
Chaque homme reçut, en outre, une paire de gros chaussons pourma cher sur la glace.