Buch 
La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
Entstehung
Seite
443
JPEG-Download
 

LA FRANGE ET LA RUSSIE

443

La fente, qui mavait rasé le pied gauche, avait passé entre les jambesdu guide qui me précédait, et qui, soit instinct, soit hasard, sétait jeté du côtéde la montagne. Pas un cri, pas un murmure ne sétait échappé daucunebouche pendant cette scène. Mais, quand je me retournai pour interrogermes hommes, je ne vis que des figures bouleversées. Us nétaient plus ennombre... A deux pas derrière moi un bâton penchait sur labîme... Celuiqui le portait, le sergent-major, avait disparu, entraîné avec la partie de lamontagne qui venait de sécrouler...

Avant davoir eu le temps de nous reconnaître, nous nous trouvâmesenveloppés dun épais nuage de neige : cétait la poussière de la masseéboulée que le vent nous amenait en tourbillons... Il me serait difficile dedire ce qui se passa en nous à ce moment. Nous nous attendions à chaqueinstant, maintenant que le choc était donné, à voir une autre portion duflanc de la montagne se détacher et nous entraîner à notre tour dans legouffre.

Peu à peu, cependant, le tourbillon de neige commençait à séclaircir unpeu, de manière à nous permettre de distinguer vaguement qm lques con-tours. Lespoir aussi commençait à renaître en nous quand nous vîmesquil ne survenait pas de nouvelles crevasses. Je me disposai alors àmavancer jusquau bord du précipice en métendant de mon long sur laneige ; pour plus de sûreté, un caporal me passa une ceinture autour desreins afin que les camarades pussent, au besoin, me ramener à terre aucas, par leffet du poids de mon corps, une autre tranche viendrait à sedétacher...

Dabord, je ne vis rien, si ce nest une énorme masse de neige en mou-vement à une profondeur de plus de 1,000 mètres au-dessous de moi. Cétaitla masse éboulée qui se précipitait, sous forme davalanche, vers le glacier.Après quelques instants cependant, je crus, à travers le brouillard età peu près perpendiculairement au-dessous, au milieu de la traînée delavalanche, apercevoir un objet sombre. Était-ce le sergent-major? Jenosais encore y croire. Bientôt, cependant, je neus plus de doute. Cétaitbien le béret et le coin de son épaule que je venais de reconnaître.

Une autre question non moins pressante était de savoir sil était mortou vif.

Il est vivant ! cria mon ordonnance, qui me tenait par la ceinture.

Mais comment nourrir un pareil espoir ? Il me semblait quà moinsdun miracle, il devait être écrasé ou étouffé par la neige. Aussi bien,cétait déjà bien extraordinaire quau lieu dêtre entraîné par lavalanche, ilfût resté, si près du bord du précipice, à 25 mètres au-dessous de nous.