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LA GUERRE DE MONTAGNES
Quelques instants plus tard, je crus réellement remarquer un mouvement. Iln’était donc pas mort? On comprend l’impression que cette découverte dutproduire... Mais ce que l’on ne saisira que difficilement, c’est le dévouementdont fit preuve’à ce moment 1 un des guides. J’avais à peine articulé ces mots :« Il vit », que Ranos, un guide de Cbamonix, se précipita du haut de l’escarpe-ment. Nous poussâmes tous un cri d’épouvante en le voyant disparaître.
Par bonheur, il tomba dans la
cria-t-i!
belle !
de l’avalanche, à 10 mètres
jh neige de 1 avalanche, à 10 mètres
My de l’abîme et, comme cette neigeri/L était très molle, il s’y engagea siprofondément qu’il lui fut impos-sible de se dépêtrer.
Sur ces entrefaites, le sergent-
major avait commencé à se re-\ mettre de l’étourdissement que
i lui avait causé sa chute. Il fit un
f)j 1 effort pour regarder en arrière, et
quand il m’aperçut au haut del’escarpement, sa première penséefut de demander : « Suis-je le
seul? » Et, comme les hommeslui répondaient affirmativement :— C’est une bagatelle, nous
cria-t-i!, du moment qu’il n’y a que moi!
Ce courageux sous-officier l’avait échappébelle ! Comment se faisait-il qu’il se fût ar-rêté dans sa chute à une distance du préci-pice relativement si faible? Sur cette longuepente, si abrupte, il se trouvait une tête de
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rocher isolée, une sorte de petite pyramide rocheuse, contre laquelle vintfrapper la partie du massif éboulé sur laquelle se trouvait le sergent-major. Une portion de la neige y resta accumulée. Si celui-ci s’était trouvésur tout autre point de ce long massif, il aurait infailliblement été entraînéavec l’avalanche et n’aurait pas tardé à disparaître dans ses pelotesgigantesques.
11 s’agissait maintenant de trouver moyen de retirer le sous-officier de cetle posilion. A la vérité, nous ne voyions point encore com-ment nous y prendre. La compagnie paraissait décidée à ne pas aller plusloin, avant d’avoir retiré le malheureux camarade; le capitaine avait