LA FRANGE ET LA RUSSIE
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voulu passer outre et laisser une escouade de sauvetage, mais sa proposi-tion — ce n’était pas un ordre — avait été très mal accueillie.
Les guides étaient complètement désorientés. Il n’y avait aucun moyend’effectuer notre descente par l’escarpement qu’avait suivi l’avalanche;il était donc indispensable de remonter le sous-officier; mais, entre lui etnous, il y avait d’abord une paroi verticale de 10 mètres, la tranche dunévé écroulé, puis une pente très raide représentant une hauteur de15 mètres.
Pour procéder aussi méthodiquement que possible, nous attachâmes unhomme à la corde et le fîmes dévaler 10 mètres, jusqu’à l’endroit où leguide avait piqué une tête et attendait du secours, lui aussi. L’homme aidale guide à se dépêtrer, après quoi ils essayèrent de descendre les 15autres mètres au moyen d’un de ces tours de force dont les chasseurs dechamois ont seuls le secret et qui consiste à trouver exactement l’endroitoù la neige est assez tassée pour servir de support au pied.
Us arrivèrent ainsi, à force d’adresse et de patience, et en se collantlittéralement contre la neige, auprès du sergent-major, dont ils commen-cèrent par dégager le corps. Quand ils l’eurent complètement déneigé, onconstata qu’il avait un bras cassé et une jambe ankylosée. Le moyen defaire franchir à un homme en pareil état une pente de 50 et, sur quelquespoints, de 70 degrés ! Mais nos deux braves gens manœuvrèrent si bienqu’ils parvinrent à amener le blessé jusqu’au haut de la contre-pente.Là, ils l’attachèrent à la corde et nous le hissâmes à nous, en ayant soinde faire couler la corde sur nos bâtons, que nous avions placés sur le borddu précipice. On employa le même procédé pour remonter les deux sauve-teurs qui arrivèrent sains et saufs au sommet.
Plus d’une heure avait été employée à cette recherche et à ces efforts,pour retrouver celui que nous avions cru perdu. Le capitaine pestait etdonna l’ordre d’accélérer l’allure, tout en ne se départissant pas desmesures de prudence nécessaires.
Mon ordonnance se rapprocha de moi et déclara qu’il ne voulait plusme quitter d’une semelle. C’est un brave et digne garçon, le type du mon-tagnard accompli.
Vous connaissez tous ce type. Un officier italien en a crayonné lasilhouette d’une façon originale et exacte (1); la voici à grands traits :
Chasseur, contrebandier, campagnard, pasteur ou charbonnier, lemontagnard est d’une taille plus que moyenne, membru, sain et robuste.
(1) Les Alpes et les Compagnies alpines , par le lieutenant Bertelli, du 6° bataillonitalien alpin.