LA FRANCE ET LA RUSSIE
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CHAPITRE XIX
Le passage du Saint-Bernard. — Une alerte au cantonnement. — Souvenirs de Marengo. —A travers l’histoire. — Uarein, ou l’orage sur la montagne. — Terrible bourrasque. — Al’hospice. — Imposante cérémonie devant le tombeau de Desaix. — Conversation avec lesreligieux. — Nouvelles de Danemark et de Russie. — Devant le fort de Bard.
es sommets lointains, colorés en bleu foncésous l’éclat des rayons de la lune, tran-chaient vivement sur l’horizon et parais-saient plus proches. La bise cinglait del’ouest; des tourbillons de poussière s’éle-vaient sur la route, pendant que les ventsmontaient de bas en haut.
Les officiers regagnaient tranquillementleur cantonnement quand un montagnardles croisa et dit :
— Bonsoir, messieurs. Il fera vilaintemps demain.
— A quoi voyez-vous cela, mon bravehomme? demanda un capitaine.
— Eh ! parbleu, aux nuages, fit l’hommede la montagne.
Il y avait à peine quelques heures quenos soldats goûtaient les douceurs d’unrepos bien gagné que les clairons de lagarde de police firent retentir les notes
tridentes et lugubres de la générale.
En un clin d’œil, officiers et soldats furent sur pied et réunis aux pointsde rassemblement fixés à l’avance. Le temps était couvert et la lunes’était cachée. Le vent sifflait avec tristesse. Au loin, des bruits sourdscrépitaient.
— Ce sont des roulements de tonnerre, dit l’un.
— Ou les détonations de ta fusillade, fit un autre.