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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA GUERRE DE MONTAGNES

A60

Les officiers dordonnance sillonnaient les rues.

En route, en route, capitaine! criaient ces officiers. Sur le chemindu Saint-Bernard, sans perdre de temps !

Les compagnies défilaient en hâtant le pas.

Quy a-t-il donc? demanda le lieutenant Berville à un de ses cama-rades de létat-major, qui passait à cheval.

Il y a que les compagnies alpines, venues par les cols de Dolentet de Télèfre, pour semparer du grand Saint-Bernard par surprise, sontattaquées à leur tour par les Italiens; nous devons nous dépêcher si nousvoulons garder le passage.

Diable! fit le lieutenant. Nous ny sommes pas encore! Nous avonsau moins pour six heures de marche!...

La colonne prit la route qui, en quittant Orsières, traverse la Drance ;mais, au lieu de suivre le chemin qui fait une grande courbe, elle abrégeaen prenant le vieux chemin de mulet. A Rive-Haute, on fit la premièrehalte. A quatre heures et demie, on arriva au gros village de Liddes ; il yavait deux heures quon avait quitté Orsières.

On repartit bientôt. On passa devant la chapelle de Saint-Etienne eton traversa, près d'Allèves, le ruisseau de même nom, presque en face lacombe Massard, sur le prolongement de la forêt de Fraehay. Puis onatteignit Bourg-Saint-Pierre, village considérable à lextrémité du Valsorey, lon remarque une porte antique avec des restes danciennes fortifi-cations et une vieille église du xi° siècle.

En passant dans le bourg, à travers les brumes matinales, les soldatspurent lire sur les murs, peint en grosses lettres : A?* déjeuner de Napo-léon.

Quest-ce que cela? demanda un sergent à un montagnard.

Cest un hôtel. Cest que le premier consul prit son déjeuneravant de franchir le Saint-Bernard.

Tiens ! le général Bonaparte est donc passé par ici? fit un alpin.

Comment! vous avez donc oublié votre histoire? dit le lieutenantBerville, qui avait entendu la question. Tous savez bien que le premierconsul, en mai 1800, traversa le grand Saint-Bernard avec larmée deréserve, forte de 30,000 hommes, 4,000 cavaliers et 60 bouches à feu,et que cest cette armée, qui, descendue dans le Piémont, vint battre lesAutrichiens à Marengo. Le passage eut lieu au milieu de difficultés inouïes.Nos ancêtres navaient pas, comme aujourdhui, une bonne route bienentretenue allant jusquau col; ils navaient pas non plus dartillerie demontagne toute chargée sur des mulets, et cependant il fallait passer avec