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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA FRANGE ET LA RUSSIE

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passer les soldats. Elle faisait illusion en rappelant ces vers de Lebrun :

Une femme est debout, de beauté ravissante,

Pieds nus et sous ses doigts un indigent fuseauFile, dune quenouille empruntée au roseau,

Du coton floconneux la neige éblouissante...

On venait de déboucher sur la cantine de Proz (1,800 mètres daltitude),en face du glacier de Menouve. Cest à partir de ce point, à lentrée dumorne défilé dit de Marengo, que commence à proprement parler lascen-sion.

Auparavant, la route sarrêtait et, pour atteindre le col, il ny avaitplus quun sentier à mulet, couvert daffreux éboulis rendant la marchetrès pénible. Mais, comme nous lavons dit (i), dans les derniers moisde 1891, les Italiens avaient obtenu du gouvernement helvétique la cons-truction hâtive de ce tronçon de route stratégique, et ils en avaient profitépour violer la neutralité helvétique et descendre à Martigny. Mais, justeretour des choses dici-bas, nous en profitions à notre tour pour marchersur Aoste!

En quittant la cantine, le mont Velan dresse son immense coupole deneige à lest et le site devient tout à fait sauvage.

Quelque fréquenté que ce col ait été, ce nest que dans la belle saison, parle temps le plus serein, quon peut, même aujourdhui, le franchir sansinquiétude. Par lorage ou le vent, et en hiver quand la neige recouvre lescrevasses et les ravins, il présente au voyageur des passages aussi dan-gereux que fatigants.

Quel épouvantable désert! Certes, le Saint-Bernard na pas volé sonterrible renom. On ne compte guère que soixante-dix ou quatre-vingts joursdans lannée le passage soit dégagé des neiges. En juillet, il noffre pastoujours pleine sûreté. Octobre passé, il ny a plus que le contrebandier quisy aventure au petit bonheur.

Le versant italien est moins pénible, le versant suisse est plus difficile ;les trois quarts des catastrophes ont lieu de ce côté-. En été, de gigan-tesques trombes de poussière de neige, aussi redoutables que les avalan-ches printanières, y ensevelissent parfois tout vivants les hommes et lesbêtes. On ne se meut que dans un péril perpétuel et, si Pon cesse de semouvoir, cest pis encore Repos est, ici, précurseur de mort; lengourdis-sement vous saisit les membres un à un, et, si le maronnicr narrive àtemps avec sa pelle de sauvetage et son chien à clochette, cest fini : la

(1) Voir, page 354, les détails sur les préparatifs de lItalie.