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AVANT-l'ROPOS.
monarque tout l’odieux de la guerre. On fournit des prétextes spécieuxaux jalousies secrètes, bien plus dangereuses souvent que les inimi-tiés ouvertes. Irrité par la perfidie de ses ennemis, par l’ingratitude deceux qu’il avait protégés et sauvés, par les dénigrements qui le tra-vestissaient aux yeux de l’Europe, Nicolas tomba dans le piège tenduà sa fierté. Il eut à se défendre contre des haines acharnées, à re-pousser des exigences inqualifiables. Les puissances, qui faisaient laguerre à la Russie, prétendaient, en limitant, à leur gré, ses forcesnavales dans l’Euxin, annihiler en fait sa part légitime de souve-raineté dans cette mer, qui baigne une vaste étendue de ses côteset qui reçoit de grands fleuves, dont les eaux, depuis leur sourcejusqu’à leur embouchure, coulent sur son territoire. Le cabinet deSaint-Pétersbourg refusait de subir des prétentions exorbitantes. Cerefus avait été prévu, et comme il y avait parti pris d’abaisser laRussie et l’empereur Nicolas, le sort des armes eut à décider entre ceprince et ses agresseurs.
Aujourd’hui, ce qui se rattache à cette phase si importante de l’his-toire contemporaine, est bien connu de la partie vraiment éclairée dupublic européen; mais il y a eu, à cet égard, tant d’erreurs répanduesà dessein ; la foule, après avoir avidement écouté le mensonge, estencore imbue de tant de préjugés, qu’on a cru devoir remonter à lasource des événements, les exposer sans fard, élucider la vérité, en faireressortir l’évidence. C’est pour cela qu’il a paru utile et même indis-pensable de faire précéder d’une introduction l’histoire du règned’Alexandre II. Cette introduction fait connaître la politique del’empereur Nicolas dans la question orientale; elle remonte à l’ori-gine des causes d’un terrible conflit et met au grand jour les mobilesdivers qui poussaient les cabinets de Paris et de Londres à faire laguerre à la Russie. Elle établit nettement qu’en montant sur le trôneAlexandre II héritait d’une situation extrêmement grave, à laquelleil lui incombait de mettre un terme. On ne peut bien apprécierune telle situation sans savoir quelles avaient été les phases de laguerre dès ses débuts, quelles conditions les alliés avaient vouluimposer à la Russie, du vivant de l’empereur Nicolas, et quelle était,à la mort de ce monarque* l’attitude respective de la Russie et deses ennemis.
La Crimée fut le principal théâtre de la guerre que la Russie