AYANT-PROPOS.
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eut à soutenir contre la coalition de la France, de l’Angleterre,de la Turquie et de la Sardaigne. Malgré l’cnergie de la défense, lesarmes Russes essuyèrent des revers. La première année du règned’Alexandre II fut marquée par de douloureuses épreuves : la chutede Sévastopol, l’anéantissement de la marine Russe dans la merNoire, la nécessité, pour le cabinet de Saint-Pétersbourg, de se rési-gner à des conditions qu’il avait d’abord repoussées. Nul ne prévoyait,dans ces pénibles circonstances, que la Russie, en peu d’années, serelèverait comme rajeunie et avec une nouvelle vigueur.
La paix de 1856, conclue à Paris, consacra les exigences des Puis-sances qui avaient voulu la guerre. Dès lors, la Russie, se repliant surelle-même, ne s’occupa que de développer les éléments de prospéritéque la Providence lui a départis. Une ère nouvelle commençait, celledes réformes bienfaisantes, fécondes; Alexandre II allait se vouer entiè-rcmentau bonheur de son empire. Pendant vingt et un ans, cette œuvrecolossale fut poursuivie sans relâche, avec une activité et une énergiedont les annales des peuples fournissent bien peu d’exemples, avec unsuccès qui dépassa toutes les espérances. Les obstacles — et l’on verraqu’il y en a eu de grands — furent aplanis, les difficultés surmontées.Le Ciel bénit les efforts d’un souverain qui puisait ses inspirations dansla droiture de sa conscience. Si l’histoire n’est trop souvent que lerépertoire des crimes, des folies, des souffrances, qui ont affligé lesnations, le règne d’Alexandre II offre aux hommes de bien un spectaclequi les repose et les console.
C’est au milieu d’une prospérité continue, d’un développement pro-gressif delà richesse nationale, de l’accroissement régulier du revenupublic, en Russie, que la question d’Orient s’est ranimée.
Une paix de la Russie avec la Porte n’a jamais été qu’une trêve.La haine que les Turcs portent aux Russes leur a toujours faitsouhaiter de trouver l’occasion de se venger de défaites sans nombre.La crainte seule leur a imposé des ménagements, dans l’intervalle d’uneguerre à l’autre. Depuis la paix de Paris, la Turquie s’était imaginéqu’elle pouvait, sans danger pour elle-même, mécontenter et froisserla Russie. A vrai dire, elle vivait dans l’illusion. En 1856, elle avaitcontracté des engagements non seulement avec toutes les Puissancesqui avaient été engagées dans la guerre, mais encore, avec cellesqui n’y avaient pris aucune part. La paix de Paris avait reçu la sanction