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AVANT-PROPOS.
de l’Europe. Comme elle garantissait l’intégrité et l’indépendancede l’Empire Ottoman, la Turquie, se croyant à l’abri de toute atteinte,entendait bénéficier de cette garantie, sans tenir compte de ses obli-gations. Non seulement les populations chrétiennes soumises à sonjoug ne jouissaient d’aucune des réformes, d’aucune des améliorationsqui leur avaient été solennellement promises, mais leur situationdevenait de plus en plus intolérable. La Turquie se jouait ouvertementde la foi des traités.
D’un autre côté, elle se préparait en silence à tout événement.Ne cessant de s’endetter au dehors, elle consacrait une partie du pro-duit de ses emprunts à acheter des armes perfectionnées, du maté-riel de guerre, des bâtiments cuirassés. Il était interdit à la Russied’entretenir une escadre dans la mer Noire ; la Turquie possédaitune puissante flotte de guerre, ce qui contribuait à l’enhardir, àla rendre sourde à toutes les représentations, à toutes les remon-trances. Elle était même persuadée que, parmi les Puissances ga-rantes, il s’en trouverait qui viendraient à son aide, si l’on voulaitla contraindre à tenir des engagements que jamais elle n’avait prisau sérieux.
Les populations chrétiennes, cependant, fatiguées d’une oppressiondont elles n’entrevoyaient pas le terme, vivaient dans une agitationcontinuelle. En Bosnie et en Herzégovine, désespérant de voir leurssouffrances allégées, elles prenaient les armes. La Porte n’a jamaisconnu qu’un moyen de répondre aux plaintes, aux justes réclama-tions des chrétiens enchaînés à sa domination : la répression impi-toyable. Partout, en Bosnie et en Herzégovine, les pas des Turcsfurent marqués par des cruautés et des dévastations.
L’exemple donné par ces provinces, qui suppléaient à l’inférioritédes forces par une admirable ténacité, pouvait devenir contagieux.Afin d’étouffer sous la terreur l’explosion du désespoir, les Turcscommirent systématiquement, en Bulgarie, des massacres effroyables,égorgeant, avec des raffinements de cruauté, vieillards, femmes etenfants, et réduisirent en cendres quantité de bourgs et de villages.Jamais hordes sauvages ne se livrèrent à des excès plus monstrueux.Lorsque ces atrocités furent connues, elles soulevèrent partout descris d’horreur. En Russie, l’âme de la nation tout entière ressentitune commotion violente, suivie de frémissements de colère. Des popu-