AVANT-PROPOS.
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lations de race Slave, ruinées, égorgées, torturées par les Turcs,tendaient des bras suppliants vers la Russie, protectrice naturelle deschrétiens du rite grec. Au nom de la communauté d’origine et descroyances religieuses, les sentiments du peuple et du clergé Russesétaient surexcités ; on n’entendait que des imprécations contre leTurc ; on fit des quêtes dans les églises pour secourir les insurgés.
Cette exaltation s’explique pour peu que l’on connaisse l’histoirede la Russie. Le peuple et le clergé voient dans les Turcs non seu-lement des ennemis du christianisme, mais ils ne peuvent oublierque les Tatars Mongols, professant le mahométisme, ont, pendantdeux siècles et demi, opprimé la Russie, après l’avoir subjuguée.Dans ce long espace de temps, grâce au clergé, la Russie conservason culte, les monuments de sa foi, partant, sa nationalité. De làl’influence, qui s’est perpétuée à travers les âges, du clergé sur lescœurs et sur les âmes. Il a toutes les raisons de détester les musul-mans, et le peuple partage cette aversion. Chaque fois qu’on a craint,en Russie, que la Croix ne fût menacée par le Croissant, les ressen-timents séculaires se sont réveillés avec d’autant plus de force, que,depuis Pierre le Grand, les Russes ont soutenu les guerres les plussanglantes contre les Turcs.
Le peuple Russe aurait voulu courir à la défense des chrétiens.Dès qu’une grande passion s’empare de lui, il est prêt à tous lesdévouements, à tous les sacrifices. Lorsqu’on veut porter un juge-ment sur la politique du gouvernement, il faut tenir grand comptedes entraînements d’opinion de ce peuple. Le pouvoir est en commu-nion de sentiments avec lui et, dans les graves circonstances, ilcherche toujours à s’inspirer des vœux de la nation.
Alexandre II aurait voulu ne pas avoir à intervenir par les armesen faveur des populations chrétiennes de la Turquie. Mais le mou-vement d’opinion, de plus en plus prononcé dans tout l’Empire, etdont l’impulsion venait de Moscou, était de nature à éveiller sa solli-citude, et le traité de 1856 donnait à son gouvernement le droit derappeler à la Porte qu’elle n’avait tenu aucun compte de ses enga-gements. La diplomatie du cabinet de Saint-Pétersbourg voulut loya-lement établir un concert entre les Puissances signataires de cetraité, afin que la Turquie, mise en demeure, remplit ses obligationset mit un terme à un état de choses abominable. Ce cabinet ne