6
AVANT-PROPOS.
pouvait donner un meilleur gage de sa bonne foi, de son sincèredésir de maintenir la paix.
Après un accord préalable, les représentants des puissances, réu-nis en conférence à Constantinople, pressaient la Porte d’exécuterenfin les engagements par elle contractés depuis vingt et un ans.Aux demandes des plénipotentiaires, elle répondit par une jonglerie,en promulguant une constitution, qui introduisait en Turquie lesystème représentatif et accordait les mêmes droits à tous les sujetsdu Sultan. Un régime constitutionnel, fondé sur la pondération des pou-voirs, en pays musulman, en Turquie! Vainement les plénipotentiairesredoublèrent d’efforts dans l’intérêt même de la Porte ; à toutes leursraisons le grand vizir répondait imperturbablement : « La nouvelleConstitution a mis les chrétiens sur un pied de parfaite égalité avecles autres sujets de l’empire. Tout privilège accordé aux chrétiensserait une dérogation à ce principe d’égalité. En présence du régimelibéral que nous venons d’inaugurer, que parlez-vous de réformes ?En connaissez-vous de plus larges que celles que la Constitution agaranties?»
Des refus obstinés, appuyés d’arguments captieux, faisaient avorterles tentatives delà Conférence; elle se sépara, après avoir consignédans ses protocoles le blâme que méritait la Turquie. L’Europe,leurrée, presque persiflée par la Porte, avait enfin la mesure de l’entê-tement et de la mauvaise foi des Turcs.
En Russie, le mouvement d’opinion n’avait cessé de grandir ; ildevint impétueux, irrésistible. L’œuvre tentée par la Conférenceayant avorté, l’empereur Alexandre vit que les Turcs, pour qui laforce est la raison suprême, ne céderaient qu’à la contrainte ; il sedécida à la guerre. En la faisant, il n’était que l’exécuteur de la sen-tence rendue par la Conférence. L’Europe avait opiné; la Russie seule,à ses risques et périls, devenait le champion de l’Europe et de l’hu-manité.
Aurait-on pu prévoir que la guerre sortirait du traité de 1856? LesPuissances, qui avaient imposé les conditions de ce traité, voulaient,disaient-elles, rattacher l’Empire Ottoman à l’équilibre européen, et,en même temps, garantir les droits des populations chrétiennes.Pendant plus de vingt ans, la Turquie a foulé ces droits aux pieds,sans qu’aucune puissance, la Russie exceptée, eût signalé les dénis de