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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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AVANT-PROPOS.

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justice de la Porte, sa duplicité, linsolent mépris de ses engage-ments. Combien de fois, depuis la paix de Paris, la Russie na-t-ellepas rappelé aux autres contractants comment la Turquie se jouaitde ses obligations! Ce traité de 1856, quelle avait subir, laRussie navait cessé den réclamer lobservation, insistant sur leredressement des griefs qui arrachaient des plaintes aux populationschrétiennes de la Turquie. Ces populations se souvenaient de la pro-tection efficace dont la Russie les avait longtemps couvertes, et leurssouffrances ne leur démontraient que trop combien était illusoire lagarantie collective stipulée en leur faveur par le traité de paix deParis. La Turquie persévérant à se soustraire à ses engagements, sessujets chrétiens se sentaient chaque jour plus portés à se soulever,à briser le joug, et la Russie était fatiguée de sa longanimité.Il nest donc que juste de dire que, par suite de la mauvaise foi dela Turquie, une nouvelle guerre devait nécessairement sortir du traitéde 1856.

La guerre une fois déclarée, la Russie sy est précipitée avectoute lardeur quelle puisait dans le patriotisme et dans la foireligieuse. On verra, dans ce livre, avec quelle vigueur cetteguerre a été conduite, en Asie aussi bien quen Europe, et combienla présence de lempereur Alexandre, au milieu de larmée, opérantsur la rive droite du Danube, a contribué à des succès éclatants,décisifs. La marche de larmée Russe ne sest arrêtée quen vue desmurs de Constantinople. Une campagne a suffi pour que la Turquie,vaincue, écrasée, fût réduite à merci. La victoire a consacré la gran-deur dun règne qui sétait si noblement illustré par les travaux dela paix.

Tandis que la Russie, fière de ses récents triomphes, marchait,dun pas assuré, dans la voie Alexandre II la guidait depuis plusdun quart de siècle, un exécrable assassinat a tranché le cours dunesi noble existence. Le grand réformateur, le monarque si bon, simagnanime, qui méritait, autant que Titus, dêtre appelé « lamouret les délices du genre humain », a cessé de vivre, quand la naturesemblait encore promettre de longs jours à sa glorieuse vieillesse.Le monde a appris avec stupeur le crime commis par une sectedont la folie égale la perversité; il sest associé à la douleur du peupleRusse, et les deux hémisphères, inclinés sur la tombe dAlexandre II