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le trésorier Nicolas cle Graffenried, et deux membres duGrand-Conseil, Jean de Wattenwyl et Jacques Delsperger.Ils furent bien reçus, mais durent, à leur retour, livrer à la— Monnaie les chaînes d’or qui leur avaient été données.
Il était nécessaire de suivre avec une attention crois-sante les événements de France. On fut profondément at-tristé à Berne par la nouvelle de la St-Barthélemy. L’in-dignation qu’on éprouva fit qu’on s’arma et réunit des donsconsidérables pour les réfugiés. On fit tout ce que l'on putpour ces pauvres coreligionnaires de France. Les enfants deColigny furent chaleureusement accueillis à Berne. Le « roides Suisses », Louis Pfyffer, ayant de nouveau conduit destroupes aux catholiques, les Bernois n’hésitèrent plus à ac-courir sous les drapeaux du prince de Condé, le chef deshuguenots. Les anciennes animosités se réveillèrent.
Genève eut à souffrir comme jadis des dispositions hos-tiles du duc de Savoie, qui avait même trouvé dans lescantons catholiques des alliés et des soutiens. Vers cetteépoque, 1579, l’évêque de Yercelli, parcourut la Suisse enqualité de légat du pape, pour se rendre compte de l’étatdes églises. Il arriva à Berne avec sa suite, sans avoir de-mandé de sauf-conduit. Il y essuya maints déboires. Toutd’abord, on l’arrêta comme ennemi de la foi évangéliqueet on ne négligea pas de lui donner de bons conseils, lors-qu’on lui rendit la liberté. Un rassemblement se forma lorsde son départ, et la jeunesse de la ville s’amusa à le bom-barder à coup de balles de neige ! Les cantons catholiquesfurent outrés de ces procédés. On était d’ailleurs fort excitéde part et d’autre. Les choses allèrent si loin qu’en 1582,le pape Grégoire YII ayant introduit sa réforme du ca-lendrier, les protestants la repoussèrent — pour ne l’adopterqu’en 1700 — parce qu’elle provenait des catholiques.