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La révolte des paysans fribourgeois de 1781 fut plusmenaçante ; elle faisait présager les périls qui allaient fondresur le pays. Le gouvernement de la ville de Fribourg étaitplus exclusif encore que celui de Berne ; il tenait même ungrand nombre de familles nobles à l’écart des affaires. Vis-à-vis des campagnes, il pratiquait le plus pur régime féo-dal et il excita de tels ressentiments que des mesures mêmenécessaires ne firent qu’exciter les passions. Le peuplefribourgeois, foncièrement catholique, que l’abolition del’ordre des Jésuites avait déjà irrité, apprit avec indigna-tion que le gouvernement avait supprimé le couvent dechartreux de la Valsainte et notablement réduit les joursde fête. La circonstance que l’évêque soutenait le gouver-nement n’empêcha pas le clergé de rester fidèle aux pra-tiques d’autrefois, et les campagnards se laissèrent facile-ment endoctriner par des hommes qui, tels que l’avocatFrançois Castella de Gruyère et Pierre-Nicolas Cheneaux deLa Tour de Trême, surent les ameuter contre l’autorité. Onne savait pas exactement ce qu’on voulait, ni comment onprocéderait ; l’essentiel, pour le moment, était de s’emparerde la ville. On avait comploté de l’occuper par surprise, unjour de marché.
Le Conseil de Fribourg ne s’était pas encore bien con-vaincu des dangers auxquels il était exposé, que déjà Bernelui offrait son appui. Il fut tout heureux, à la dernière heure,de pouvoir compter sur ce secours ; en effet, les paysansmarchaient sur la ville. Un régiment de dragons commandépar le colonel Monod de Froideville, et la garde de la ville,conduite par le major Charles Ryhiner, partirent immédiate-ment de Berne. On avait prévu la levée d’une véritablearmée, sous les ordres du général de Lentulus. Entre temps,Cheneaux était arrivé à Fribourg. Il s’engagea à licencierses hommes, si les innovations introduites par le gouverne-