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COMMERCE
je donnai copie à M. Durand, au mois de Mai 1774 . L’Editeur de l'Esai sur leCommerce de Rujfie , étoit alors secrétaire de ce Ministre.
Les changemens qui eurent lieu dans le Ministère, après la mort du feu Roi ,retardèrent Tenvoi de ce Mémoire jusqu au mois d’Août de Tannée suivante ( époquede mon retour en France ), 6c je le remis à M. le Comte de Vergennes le zy dumême mois.
M. Durand n’est plus! II fut mon ami intime, 6c je vis encore ! qu’il me soitpermis d’exprimer ici les regrets de fa perte ; c est peindre la vertu aux Lecteurs, quede leur en offrir le modèle.
M. Durand n’étoit pas né avec le goût du travail, mais la raison lui fit surmonterle penchant qu il avoit à ne rien faire : il réuniffoit à une grande sensibilité T amour deTordre, des mœurs simples 6c de T économie. Quoique ses mœurs fuffent austères, sonabord étoit facile, 6c sa société liante. 11 avoit une mémoire heureuse , un jugementsolide 6c profond. II fut recherché des hommes de bien 6c des hommes de génie danstoutes les Cours où il fut employé. II avoit pâli fur les ouvrages de morale, de légiílation&: de politique, 6c il avoit bien lu dans le grand livre du monde. Un fond de timiditénaturelle lui imposoit souvent silence, 6c lorsque je lui en faisois des reproches, ilrépondoit par cette maxime : multiloquio multa mendacia . Mais s’il parloit peu , ilparloit bien.
Plein de Tesprit pacifique de Louis XV , il étoit circonspect dans fa marche,6c délicat fur les moyens ; il ne mettoit en usage que ceux qui étoient propres à remplirles vues d’humanité de son Maître. Mais, quoique tous les partis violens alarmassentson cœur sensible, il savoir, au besoin, faire tête à Torage. Je T ai vu dans une circonstancecritique, verser des larmes fur les malheurs dune guerre presque imminente, 6c quiheureusement n eut pas lieu, parce qu il étoit le Ministre le plus propre à régénérer entreles Cours cette bonne intelligence que T ambition ne détruit que trop souvent.
M. Durand avoit une modestie plus glorieuse que toutes les distinctions, 6c pensoitcomme le Maréchal Fabert , qu il n y avoit aucune fonction avilissante au service deson Roi : tous deux aussi se chargeoient indistinctement des grandes 6c des petitesfonctions, ainsi que des travaux les plus pénibles : chacun d'eux disoit : Je voudrois biensavoir fi le bien que m a fait le Roi , efl une raison de diminuer le file que j'ai toujourseu pour son service .
Après avoir parcouru avec gloire une longue carrière politique, M. Durand seproposoit de terminer la sienne dans la patrie de ses pères, 6c vouloir que les dernières
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