Band 
[Volume I.]
Seite
32
JPEG-Download
 

ISSERT ATION H

Zr D

selon l’ancienneinstitutionsurla montagne de Garizim,comme le P- Morin,& M. Peyresc l’ont remarqué. Ceseroit une chose curieuse de voir le lieu où ils sacri-fient , & d’en observer 1a forme, la structure , les or-dres & les proportions, & fur tout les dimensions &les mesures, tant de l’autel, que des vases dont ils seservent pour les sacrifices- Ce seroit auffi une chosebien digne de remarque , de voir leur grand Sacrifi-cateur revêtu de tous les habits Sacerdotaux, fur toutle jour de Pâque, lorsqu’il est assisté de tous ses mini-stres. Je m’étonne que cette envie ne soit point ve-nue en l’esprit de quelques-uns de nos voyageurs.

V. Une partie de ce que je viens de dire des Sama-ritains est confirmé par le Juif Benjamin en ses Voya-ges. Ce Rabin, qui vivoit dans le douzième siécle,dit que de son tems la Synagogue de Sichem n’étoitque de cent Samaritains, celle de Cesarée en Palesti-ne , de deux cent ; ' celle d’Ascalon , d’environ troiscent, & celle de Damas , de trois à quatre cent. IIremarque aussi qu’ils ont des Sacrificateurs de la raced’Aaron, qu’ils nomment Aaronites, qui ne se ma-rient jamais qu’avec des femmes de leur famille, pourne point confondre la race Sacerdotale ; jue ces Prê-tres sacrifient sur le mont de Garizim, ou ils ont unAutel sait de pierres, que les Israélites élevèrent aprèsavoir passé le Jourdain. Il ajoute que ces mêmes Sa-maritains sont de la Tribu d’Ephraim, & qu’ils ontle Sépulcre de Joseph fils de Jacob , qu’ils disent ê-tre leur Pere. Enfin il dit que ces Samaritains se pré-cautionnent sort pour ne point se souiller par l’attou-chement d’un corps mort ou d’un sepulcre, qu’ilschangent d’habit pour aller à la Synagogue , & qu’ilsfe lavent avant que de le prendre.

VI. Ce n’est pas d’aujourd’hui que les Samaritains

fe vantent d’être de la Tribu d’Ephraim , & les vraisfils de Jacob, comme on le remarque dans les discoursde la Samaritaine avec nôtre-Seigneur, lorlqu’elle luidit: Es~tu plus grand que notre Pere Jacob ? A l’égarddes scpulchres, outre ce que Benjamin vient de direde celui de Joseph , les Samaritains montrent autourde leur Temple les scpulchres de leurs Prophètes, &entr’autres celui d’Eleazar , & celui d’Ithamar fils

d’Àaron, & même celui de son petit fils Phinées. Ilsprétendent aussi avoir les tombeaux de Josué & de Ca-leb, & de deux autres qu’ils nomment Abinon & Jo-seph, fils de Carath ou Parath. Ils gardent auffi dansîeur Temple une inscription qu’ils tiennent être écritede la main de Phinées fils d’Eleazar petit fils d’Aaron,îa 15. année après l’entrée des Israélites dans la Terre depromiffion.

VII. Comme les calomnies, dont les Juifs chargentles Samaritains, se détruisent d’elles-mêmes , je nem’arrêterai point à les réfuter. Ils ne les accusent pasfeulement d’être Saducéens, mais encore d’être Idolâ-tres, & d’adorer dans leur Temple l’Image d’une Co-lombe. Us ne font pas moins injustes, lorsqu’ils di-sent que l’Alphabet Samaritain manque de ces troislettres, he , het, & ain ; de plus qu’au commence-ment de la Genèse , au lieu de ces paroles, Dieu acreé, les Samaritains ont mis Afima a creé. Mais mesyeux sont témoins, qu’en cela même on leur impose.Car nous avons aujourd’hui un Pentateuque Hebreuen caractères Samaritains , où ces trois lettres se trou-vent. Ils ont ces trois lettres, aussi-bien que les Juifs,& le mot Elohim , Dieu.

VIII. U est vrai que les Samaritains ne’ tiennentpour authentiques de tous les Livres de la Bible, quele Pentateuque de Moïse. Ils ont bien l’Histoire deJosué, & quelque peu des autres Histoires du VieuxTestament, mais disserentes des nôtres. _ Aussi n’yajoûtent-ils p as de foi comme à des livres Divins ;d’au-tant que le Canon Juif, qui a fixé le nombre des Li-vres de la Bible, est bien postérieur à leur Schisme;

I S T O R I CtU E

aussi-bien que la plupart de ces mêmes Livres , qu’ilscroyent avoir été faits pour maintenir la postérité deDavid, & l’affermir fur le trône. De là vient qu’ilsparlent d’Esdras comme d’un imposteur , qui a quit-té , disent-ils, les vrais caractères Hébreux pour enprendre d’autres, & dont les Juifs se servent encorepour écrire le Texte de la Bible. En effet S. Jérôme,& les plus célébrés Critiques de nôtre tems,sont per-suadez , que les premiers caractères Hébreux sont ceuxdes Samaritains, & qu’Esdras au retour de la captivi-té se servit des caractères dont nos Bibles font écri-tes , qui sont Caldéens. Peut-être en usa*t-il ainsi,pour distinguer les Juifs d’avec les Samaritains, enco-re plus qu’ils n’étoient, & pour faire qu’ils n’eussont rien de commun entr’eux. 11 so pouvoit fai-re aussi que le peuple fe fût accoutumé à cette sor-te d’écriture pendant la captivité , en ayant appris lelangage. Ce qui autorise cela , c’est qu’on fut obli-gé, pour entendre le texte Hebreu, de le paraphraseren Caldéen.

IX. Le Pentateuque Samaritain ne différé du Juifqu’en caractères- Les Samaritains, dit S. Jerôme, ontle Pentateuque de Moi fi écrit en autant de lettres que lesJuifs : ils n’en diffèrent qu’en figures & en poinSls. Aulieu de poinél , il y a dans le Latin de saint Jerôme lemot d 'apex , qui est un petit trait fort leger , dontles Juifs ornent le haut de certains caractères, ce quileur tient lieu de couronne. Us en usent de la fortedans les Livres qui doivent servir aux Synagogues,& dans leur Mezouzot. Et il y a apparence que c’é-toit de ces petits traits dont Nôtre-Seigneur enten-doit parler, loríqu’il disoit : ( a) jotaunum , aut musapex non prateribit à Lege. Car les points dont on sesert aujourd’hui n’étoiènt point encore en usage.

X. Au reste quand je dis avec saint Jerôme , quéle Pentateuque Samaritain ne diffère du Juif que desseuls caractères, cela ne se doit pas entendre à la ri-gueur, mais il faut les considérer comme deux co-pies tirées d’un même Original, que chacun a écriten caractères qui lui étoient propres : mais il a été im-possible dans la fuite du tems qu’il ne sc soit forméquelques diverses leçons. S. Jerôme en remârquequelques-unes, & d’autres avant lui en avoient aussiremarqué. Et c’est en observant toutes ces circon-stances, qu’on peut concilier les disputes qu’on a fai-tes & qui sc font fur ce sujet. Car s’il prenoit envieà ces Grecs qui reconnoissent le Pape, d’écrire laVulgate Latine en caractères Grecs; & qu’en cet étatils s’en servissent dans l’usage ordinaire , je ne doutepoint que dans une longue suited’années,ilne sc trou-vât quelque diversité entre ces deux copies.

XI. Les Samaritains n’ont pas seulement le Penta-teuque Hebreu en caractères Samaritains : ils en oncencore deux Versions, dont l’une est écrite en Ara-be , & l’autre en Syriaque ou Caldéen , qui est cequ’on appelle la Version Samaritaine, comme si c’é-toit une Langue particulière, quoi que ce ne soitqu’une efpece de Syriaque ou de Caldéen , qui dif-féré pourtant du Syriaque commun. Ces deux Ver-sions font auffi écrites en lettres Samaritaines , & ilsles rangent avec le Texte fur trois colomnes. M. dePeyresc avoir un exemplaire de ces Tritaples, maisun peu imparfait. Le Pentateuque Hebreu Samari-tain, & la Version Samaritaine sont imprimez dans laBible de M. le Jay, & dans la Polyglotte d’Angle-terre; & les caractères en ont été formez fur l’exem-plaire du Pentateuque, qui sc conserve dans la Bi-bliothèque des Peres de l’Oratoire de Paris proche leLouvre. Cependant ces impressions ne gardent pointla grandeur & la majesté du Manuscrit. On trouveencore aujourd’hui plusieurs de ces Livres Samaritains

dans

(a) Matt.