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44 II. DISSERTAT

bres, dans les Ouvrages des Peres de l’Eglise quiS’étoient appliquez à la Philosophie Platonicienne;mais ils n’y ajoutent pas la même foi que les Do-cteurs Juifs ajoutent à ces Nombres mystérieux, enayant fait un art qu’ils appellent, comme nous avonsdit, la Cabbale Gematrique ou Géométrique.

Us partagent de plus ces 613. Préceptes en 248.affirmatifs, & 365. négatifs. Les 248. Commande-mens affirmatifs, disent les Rabbins, répondent à au-tant de membres qui se trouvent, selon leur opinion,dans l’homme : (4) & pârce que l’Ecclesiaste nousassure que garder les Préceptes de Dieu c'efi tout 'Chomme.Us ajoutent que toutes les parties de l’homme fontnourries de ces Préceptes, comme si chaque partierépondoit à chaque Commandement. Pour ce qui estdes 3 5 ■ Commandemens négatifs j ils les font répon-dre aux 365. jours de Tannée solaire, dautant quenous ne sommes pas seulement obligez d’accomplír laLoi de Dieu de tous nos membres, pour parler selonla pensée des Juifs, c’est-à-dire de toutes nos forces;Hiais aussi tous les jours de nôtre vie. Si ces Nom-bres n’avoient été inventez que pour nous ressouve-nir de Tobligation que nous avons d’aimer Dieu detout nôtre cœur , on ne pourroit pas accuser en celales Juifs de superstition : & de plus , les révëries desanciens Hérétiques, qui étoient fondées fur un princi-pe semblable, ne nous paroîtroient pas peut-être si ri-dicules , que quand on les explique à la lettre. C’estde cette forte que Basilides comprenoit de grande se-crets fous le mot Ahraxas , qui étoit un mot inven-té exprès pour reprefenter le Nombre de, 365. selonles lettres de T Alphabet Grec , & pour marquer enmême tems les 36;. jours de Tannée. On pourroitexpliquer aisément par cette voye plusieurs autres fi-ctions mystérieuses des anciens Gnostiques, qui s’ac-cordent souvent avec les Docteurs Juifs fur ce sujet :mais cela nous meneroit trop loin.

II y a encore une autre-division des Commande-mens de la Loi, selon les trois differens noms dontMoïse s’est servi pour exprimer ces mêmes Comman-demens. Ces noms font, Mitfvoth , Préceptes ; Hu-k[m, Statuts ou Ordonnances , & Mijpatim , Jugemens ,on appelle Mitfvoth ou Préceptes ceux dont la raisonest marquée en termes clairs dans le Texte de la Loi.Par exemple , les raisons pour lesquelles les Juifs fontobligez de faire la Pâque & d’observer le Sabbat sonténoncées manifestement dans le Pentateuque. Les Sta-tuts au contraire, ou Ordonnances qui sont nommezHukhn en Hebreu , ne renferment pas avec eux leurraison dans les paroles mêmes de la Loi. Dieu a vouluque cette raison fut cachée aux Juifs. Enfin les Ju-gemens que Moïse appelle Mijpatim , sont des Pré-ceptes de l’entendement , comme parlent les Do-cteurs Juifs, & quand même ils ne seroient point ex-primez dans la Loi, la raison les ordonnerait.

Outre ces Commandemens qui sont renfermez dansla Loi de Moïse , les Juifs en reconnoissent d’autresauxquels ils donnent le nom de Préceptes des Haca-■mim , Sages ou Dotleurs, auxquels ils attribuent, auísi-bien qu’à Moïse, le pouvoir de faire de nouvellesOrdonnances, seson les tems & les occasions. Cepouvoir est fondé furies paroles mêmes de Dieu, quileur commande de s’adresser aux Anciens du Sanedrin,pour refondre toutes les difficultez qui naîtront furla Loi. Moïse fit le premier plusieurs Ordonnancesde cette nature dans le Consistoire de son tems. To-sué fit après lui L même chose , & les autres ensuitequi lui succédèrent dans la même charge. C’est pour-quoi les Juifs croyent n’être pas moins obligez enconscience d’obeïr à ce qui a été arrêté par les Sagesdu Sanedrin,qu’aux Commandemens de L Loi, bienque les Ordonnances des premiers soient inferieures à{/») EccleJT. 11.13. ..... .

ION SUR LES

celles de Moïse : & la raison qu’ils en apportent estévidente; car ils prétendent que ces Sénateurs étoientdirigez par l’Esprit de Dieu , & partant infailliblesdans leurs décisions. Sous le nom de Sages ils ne com-prennent pas seulement les Anciens de leur Sanèdrinou Consistoire ; mais aussi les Prophètes qui ont étéparmi eux en disserens tems ; & qui apparemment a-voient droit de séance dans leurs Assemblées.

CHAPITRE V.

Du grand Consistoire ou Sanedrin des Juif s. Du lieu ou ilJe ternit. Plusieurs Eclaircijfemeus fur cette matière ,par raport h ce qui s’objerve parmi les Chrétiens.

L E grand Consistoire, ou Sanedrin des Juifs , tireson origine de Moïse , comme il a été remar-qué ci-dessus. U étoit composé de 71. Anciens, en-tre lesquels il y en avóit un qui avoir la qualité deChef ou de Président du Consistoire ; (b) & c’estcelui que les Juifs appellent encore aujourd’hui Han-nafci , le Prince. Outre ce Président, il y avoir un se-cond Président ou Vicegerent , à qui on donnoit letitre de Av , Pere du Consistoire. Tous les autresn’avoient point d’autre nom, que celui d’Anciens oude Sénateurs. A T égard de la forme qu’ils tenoient pourleur feance, ils étoient tous assis dansundemi-cerde,aumilieu duquel étoit le Nafci ou Président de T Assem-blée, & à fa droite le second Président. Les autres é-toient astis selon leur rang aux cotez du Nafci.Quelques-uns ajoutent un troisième Ancien , à quion donnoit seulement le nom de Hacam , Sage, le-quel étoit assis à la gauche du Président : d@ sorte quele Vicegerent du Nafci , & ce Hacam étoient com-me les deux Conseillers Assesseurs. 11 a été à proposde remarquer Tordre de cette feance , parce qu'st apassé de leurs Consistoires à leurs Synagogues, & en-suite aux Eglises ou premières Assemblées des Chré-tiens , comme nous le verrons plus bas.

Ce grand Consistoire ne pouvoit fe tenir que dansla Ville de Jérusalem , en un lieu qu’on appelloitLifeat-hagax.it , le Conclave de pierre , & qui étoit joi-gnant au Temple , ou plutôt usie partie du mê-me Temple ; de la même maniéré que nos Concilesfe sont assemblez ordinairement dans les Eglises. CeLifecat Hagaz.it étoit à peu près la même chose quece qu’on appelloit autrefois à Constantinople In Trul-lo. Les Talmudistes lui donnent le nom de Basilique.On y jugeoit des causes majeures, & en dernier res-sort : & c’est le sens qu’on doit donner à ces parolesde S. Luc, (c) qu’un Prophète ne peut mourir horsde Jérusalem. Lorsqu’il s’agissoit de quelque cas, sorlequel la Tradition n’avoit rien décidé, au moins quifût clair, chaque Sénateur avoir voix décisive, auffi-bien que voix consultive.

Loríque les Juifs retournèrent de Babylone à Je-ruíàlem, il fut nécessaire qu’ils y tinssent une de cesgrandes Assemblées, pour le bon ordre de leur Etat.Elle fut composée, selon leur opinion, de 120. No-tables, aufquels Efdras, surnommé le Scribe , présidaen qualité de Nafci ou Chef. Ils ajoutent de plus,que dans cette même Assemblée fe trouvèrent les Pro-phètes Aggée , Zacharie , Malachie & quelques au-tres grands hommes inspirez de Dieu , comme Da-niel, Nehemie , Mardochée , Zorobabel, Azarias,Mifael & Hananias. Bien qu’on ne doive pas ajouterfoi à tout ce que les juifs ont rapporté en particulierde cette grande Assemblée, on ne laisse pas d’en con-clure en général, que les Prophètes &-les autres person-nes

(J>) Rabam Traité du Sanedrin.

. (-) LUC. ,3. 53. ,