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de quelques autres, (a) Les Docteurs ou Rabbins en-íèignoient la Loi dans ces Synagogues qui servoient auffid’Ecoles ; & cela se pratiquoit dès le tems de Nôtre-Seigneur & des Apôtres qui s’y assembloient avec lesautres Juifs, pour y écouter la lecture de la Loi & lesinstructions des Rabbins. Comme on rendoit auffiles jugemens dans ce même lieu, on y gardoit la mê-me feance que dans le grand Consistoire. II y avoitdonc premièrement un Président appelle en Grec Ar-chisynagogos, Chef de la Synagogue ,que les Juifs nommentaujourd’hui le Chef d’un Kahal , c’est-à-dire d’uneAssemblée. Ceux qui étoient assis aux cotez de cePrésident en forme de demi-cercle , comme nous a-vons déja remarqué , prenoient tous la qualité de Ze-henìm , Anciens , & plus bas en d’autres sieges étoientles disciples qui étudioient la Loi.
Ces Disciples qu’ort appelloit Tâlmide Hacamim ,Disciples des Sages, étoient partagez en trois rangs dif-ferens. On choisissoit ceux du premier rang pour rem-plir la place des Hacamim ou Sages ; ceux du secondrang montoient au premier ; & ceux du troisième ausecond. Le peuple étoit assis dans le parterre qui ré-pondoit à la Nef de nos Eglises : de forte que tant lePrésident que les Anciens de la Synagogue , tour-noient le dos au peuple qui étoit assis dans. le parterrefur des nattes ou des tapisseries. Quand S. Paul ditqu’il a été élevé aux pieds de Gamaliel, il a voulumarquer par là qu’il avoit été le disciple de ce Do-cteur étant affis à ses pieds parmi les autres disciples.L’Auteur du Commentaire fur les Epîtres de SaintPaul, que quelques-uns ont attribué à Saint Ambroi-se , explique en peu de mots , & avec netteté tout ceque nous Venons de remarquer touchant les Synago-gues des Juifs, (b) Hac traditio Synagoge eji, dit cetAuteur, ut fedentes disputent séniorts dignitate in Cathe-dris, fecguentes in Jubfelliis , novijjimi in pavìmnto supermattas.
Si nos Peintres avoient compris cette disposition dela Synagogue , ils se seroient bien donné de garde denous representer Nôtre-Seigneur affis au milieu desDocteurs dans une Chaire élevée au-dessus des autres,comme s’il eût été à l’âge de douze ans le Chef dequelque Synagogue ; & cela fondé fur ces paroles deSaint Luc, (c) Invenerunt illum in templo jèdentem inmedio Dodorum , audientem illos , '& interrogantem eos.Il étoit affis fur un des bancs parmi les autres disci-ples , & il avoit la liberté de proposer ses doutes enqualité de disciple, d’autant que ces lieux étoientde véritables Ecoles pour s’instruire de la Loi, & ilsy apprenoient en même tems leurs Traditions, commeils l’observent encore aujourd’hui. Auffi distinguoient-ils deux sortes d’Ecoles , dont l’une s’appelloit BethHammikra , la maifin ou le lieu de la lecture j parce qu’eneffet on y lisoit le Texte de la Loi: & l’autre avoit lenom de Beth-hamidras, lieu d’interprétation ou de recherche :& par là les Juifs ont prétendu conserver les deuxLoix que Moïse, selon eux, avoit reçues fur la mon-tagne de Sinaï , qtii font la Loi écrite, c ! eff-à-dire lescinq Livres de Moïse, & la Loi de bouche, qui com-prend leurs Traditions. Mais Nôtre-Seigneur leurfait voir en plusieurs rencontres, que fous le nomspécieux de Tradition , ils avoient corrompu la Loipar leurs fausses explications.
Venons maintenant aux premieres Eglises ou As-semblées des Chrétiens, qui dans les commencemensn’en pouvoient tenir aucunes qu'étant considérezcomme Juifs,parce que les Empereurs ne leur avoientpas accordé ce privilège. C’est pourquoi toutes lesLoix qui étoient faites , ou en faveur des Juifs, ouà leur préjudice, étoient également appliquées auxChrétiens qu’on regardoit en ces tems-là comme une
(a) Act. 6. ( b) Ambros. comm. in Ep. ad Cor. i. 14.
(c) Luc, 2. 46.
ION SUR LES
Secte particulière de la Religion des Juifs, de là me®me maniéré qu’étoient alors les Pharisiens & les Sadu-céehs. Cela donna occasion aux Apôtres de prêcherleur doctrine avec plus de facilité , fans qu’ils fussentpour cela condamnez comme introduisant des nouveau-tez z d’autant qu’ils se mettoient à couvert sous lenom de Juif. S. Paul même a suivi quelquefois cetteconduite, témoignant publiquement qu’il étoit Juif,& de la Secte des Pharisiens, (d) Ego Phariseus fumfilins Pharifitorum. II n’est donc pas étonnant que lespremiers Chrétiens, qui étoient la plupart sortis d’en-tre les Juifs, & qui se trou voient encore le plus sou-vent avec eux dans le Temple & dans les Synago-gues, ayent retenu dans leurs premières Assemblées lamême discipline qui s’observoit parmi les Juifs. Cequi paraîtra encore davantage au parallèle que nousen allons faire.
Comme, donc il y avoit un Président ou Chef danschaque Synagogue pour présider fur les autres Anciens ;de même dans les Assemblées des Chrétiens il y avoitun Chef que quelques Peres de l’Eglise ont auffi nom-mé Président , & il est le plus souvent nommé Ancien& Evêque dans les Livres du Nouveau Testament.Ceux qui tenoient le premier rang dans les Synago-gues, étoient ordinairement appeliez Zekenim , An-ciens , à l’imitation des 70. Anciens que Moïse établitpour être les Juges du Sanedrin. Celui même quiprésidoit aux autres prenoit le nom d’Ancien , étantseulement comme le Doyen des Anciens. Dans lespremieres Assemblées des Chrétiens ceux qui y tin-rent le premier rang, prirent auffi le nom de Presby-terí, Anciens , ou Prêtres. Le Président ou Evêque,qui étoit le Chef de ces Anciens, prenoit de plus laqualité d'Ancien; & c’est pour cette raison que dansle Nouveau Testament, le nom d’Evêque est quel-quefois confondu avec celui de Prêtre ou Ancien.Ceux qui n’ont point sçû cette origine du nom dePrêtre, ont crû mal à propos qu’il n’y avoit au com-mencement du Christianisme aucune difference entreles Evêques & les Prêtres.
Pour cette même raison le Conseil des premières As-semblées Chrétiennes étoit appelle Presbyterium , ouConseil des Anciens. L’Evêque y présidoit en qualitéde Chef & de premier Ancien , étant affis au milieudes autres Anciens, de la maniéré qui a été observéeci-dessus, en parlant des Consistoires des Juifs. InCathedra feniorum laudent eum , dit le Prophète Roi.Les Prêtres ou Anciens, qui étoient à íes cotez, a-voient chacun leur Chaire de Juge, & font appeliezà cause de cela, AJfejfores Epifiopamm, par les Peres del’Eglife. 11 ne s’executoit rien de considérable quin’eût été auparavant délibéré dans cette Assemblée, oìil’Evêque ne composoit qu’un corps avec les autresAnciens ou Prêtres ; parce que la Jurisdiction qu’onnomme aujourd’hui Episcopale, ne dépendoit pointà l’Evéque seul ; mais de tous les Anciens dont l’E-vêque étoit le Président. Cela s’est même pratiquédans Rome pendant plusieurs siécles.
H y a bien de l’apparence que le nom d’Egliíè Ca-thédrale prend aussi Ion origine de cette ancienne ma-nière de s’asseoír dans les premières Eglises ou As-semblées des Chrétiens ; d’où vient qu’on observe en-core présentement les Fêtes de la Chaire de S. Pierre ìRome & à Antioche, qui sont les deux Villes ou ceSaint Apôtre a présidé à un Consistoire arrêté & fixe.On remarquera cependant que par le mot d’Eglise Ca-thédrale , je ne prétens pas parler des Eglises Cathé-drales ni des Temples de la manière qu’ils sont au-jourd’hui. Ce mot Eglise ne signifioit dans son origi-ne qu'une Assemblée, & il est certain qu’avant Con-stantin les Chrétiens n’ont point eu la liberté de bâtir
{d) Act. 23. 6.