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[Volume I.]
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II. DISSERTATION SUR LES

Offert des sacrifices dans leur Temple , ils n’ont paseu les mêmes prières fixes & arrêtées, qu’ils ont pré-sentement dans leurs Synagogues. Les prières, qu’ilsfont aujourd’hui, peuvent être en quelque façon ap-pellées le supplément de leurs anciens Sacrifices ; auífidonnent-ils pour cette raison à leur Synagogue le nomde petit Temple. Comme donc on offroit tous lesjours dans le Temple de Jérusalem deux Sacrifices, unle matin & l’autre le soir , les Juifs ont auífi établidans leurs Synagogues la priere au matin & la prieredu soir, pour répondre à ces deux Sacrifices. Outreces Sacrifices ordinaires qui s’offroient tous les jours,lors qu’il arrivoit quelque Fête, on ajoûtoit un nou-veau Sacrifice pour la solemnité de la Fête ; c’est pour-quoi ils ajoutent auífi aux jours.de Fête une nouvel-le priere nommée Mufàph , c’est-à-dire Addition. Onremarquera de plus, qu’ils n’ont pas seulement la prie-re du matin & du soir, pour representer les deuxSacrifices qui se faisoient à ces heures-là ; ils ont en-core la priere de la nuit, qu’ils ont établie pour cequi restoit après le Sacrifice du soir.

Les Chrétiens', comme les Juifs,ont auífi réglé letems de leurs prières ; & bien qu’ils soient obligez deprier Dieu sans cesse, fine intermijfione orate, (a) com-me parle l’Apôtre, il y a néanmoins des heures parti-culières pour prier en commun ; & cette priere com-mune est plus efficace & plus agréable à Dieu. II estvrai que nôtre Seigneur a recommandé fur tout lapriere en secret : mais il n’a pas pour cela prétendu. condamner les prières en public , puisque lui-même yaífistoit avec les Juifs. Il a seulement voulu condam-ner la trop grande affectation de quelques DocteursJuifs, qui ne prioient Dieu en public que pour êtrevus des hommes, ut vìdeantur ab hominibus .

(b) Il semble cependant que nôtre Seigneur aitvoulu absolument condamner les longues prières queles Juifs faisoient en public dans leurs Synagogues,îors qu’il défend à ses Disciples de faire ces sortes deprières à la maniéré des Payens , qui croyent qu’àforce de parler, ils seront plutôt ^exaucez. Il leurprescrit même la forme de leur. priere , en rejettanttoutes les autres qui lui paroiífoient peu édifiantes,fie ergo orabitis , Pater nofler qui es ìn cœlis. Voilà dequelle maniéré vous prierez ; Notre Pere qui étés auCiel, &c. Je répons à cela qu’il n’y a nulle apparen-ce, que Notre-Seigneur ait voulu condamner entiè-rement les prières que les Juifs faisoient en commundans leurs Synagogues, mais seulement celles de quel-ques Docteurs qui en inventoient tous les jours denouvelles. Ce sont à mon avis ces nouvelles prières qu’ilcondamne, & afin d’en éloigner tout-à-fait ses Disci-ples , il leur fixa une manière de prier en leur particu-lier , íàns empêcher pour cela qu’ils n’assistassent auxprières des Synagogues.

Ce même défaut fe trouve auífi parmi quelquesChrétiens, & il a été nécessaire que les Conciles ayentautrefois défendu Tissage de certaines prières qu’onavoit introduites dans T Office de l’Eglife, chacun encomposant à sa maniéré. 11 ne saut pas s’imaginerqu’ll y ait eu toujours cette uniformité de prières quenous voyons dans T Eglise Latine, & même les Reli-gieux so sont distinguez des autres Ecclésiastiquesauífi-bien par leurs Offices que par leurs Réglés : enquoi ils imitent ces anciens Docteurs Juifs, qui, ou-tre les prières publiques & autorisées par les Synago-gues , en avoíent composé de particulières pour «lesdonner à leurs Disciples.

Au reste les Juifs ont différentes manières de prier,qu’ils expliquent par différeras termes, (c) II semblemême que S. Paul ait voulu marquer tous ces diffe-rens noms dans son Epître à Timothée , quand il re-

(*) I - t Thcír - 5 - (h) Mattb. 6. 7.

(c) i. Epit. à Tirnoth. ch. 2, v. r,

f commande aux Fideles de faire des supplications, desprières , des instances, & deS actions de grâces poUrtout le monde. II auroit pû dire des prières en gé-néral , si toutes ces manières de prier n’eussent eu dansce tems-là autant de disserens noms parmi les Juifs,comme elle? sont encore aujourd’hui distinguées dansleurs Livres de prières. Ils appellent par exemple Ba-ka(ot , demandes , requêtes, ou supplications , ce que 8.Paul á exprimé par le mot Deèfis. Us nomment Te-phillot ce que le même S. Paul a nommé Profeuchas ,vœux, ou prières ; & ainsi des autres.

Saint Augustin, qui n’a pas eu recours aux Rituelsdes Juifs, a fait tout son possible pour distinguer tou-tes ces sortes de prières , qui sont marquées dans laVersion Latine du Nouveau Testament par ces ter-mes , òbfecrationes , órationes, poflulationes , gratiarumaEtiones. U les explique par rapport aux différentesprières qui étoient alors en usage d’ans T Eglise, & quiy sont encore aujourd’hui, (d) On appellera prières ,dit ce íàint Docteur , celles qui fi font en la célébrationdes Sacremens avant qn’on benifiè ce qui e(l fur í Autel: &celles qui fie font lorsqu’on le bénit , V" qu’on le consacre,ont le nom d’Oraison: Máis quoi qu’en esset ces deux?sortes de prières soient véritablement distinguées , &que les Juifs donnent auffi le nom de bénédictions &d’actions de grâces à leurs consécrations, il est ce mesemble plus à propos d’expliquer tous ces divers nomspar autant de sortes de prières qui étoient en usagedans les Synagogues dés Juifs ; car le sens des parolesde S. Paul est , que les Chrétiens fassent dans leursAssemblées les mêmes prières pour les Princes, & pourtoutes les autres personnes de quelque qualité qu’ellessoient, que les Juifs faisoient en ce tems-là dans leursSynagogues.

Je ne m’arréterai point ici à rapporter plusieurs au-tres prières, qui sont auffi communes aux Juifs & auxChrétiens : comme celles qu’ils font avant que de fsmettre en chemin quand ils voyagent, ou qu’ils sontprêts à aller en haute mer. 11 n’est pas nécessaire queles Chrétiens ayent imité en cela les Juifs ; mais lesdangers où ils vont s’exposer les avertissent aíîezqu’ils ont besoin de recourir à Dieu. Je remarqueraiseulement, que les Juifs, auífi-bien que les Catholi-ques, s’appuyent dans leurs prières fur deux choses,qui sont la bonté & la miséricorde de Dieu, & lasainteté ou la pureté de leurs peres. Les Juifs font men-tion d’Abraham, d’Isaac , de Jacob, & des autres,tant Patriarches que Prophètes. Faites cela en notre fa-veur, difent-ils en parlant à Dieu , d caufi des méritésde tous les fufles & de tous les Saints, qui ont été danschaque génération parmi les Israélites. Le maan zcecout colhatfadif[m ve hahafidim fiehajou becol dor neemanim alIsraël.

II n’est pas de plus nécessaire que je m’étende fur ladiversité qui fe trouve parmi les Juifs dans leurs Li-vres de prières. Ce fera assez de remarquer en géné-ral, qu’il y a disserens usages ert cela parmi eux auífi-bien que parmi noUs, & qu’à la tête de chaque Sedertephillot, ordre des prières, il est marqué quel usage ilfuit. Les Espagnols par exemple ajoutent ces mots,ceminhag Kahal kados fipharad, filon la coutume ou l’usa-ge de /’Assemblée d’E/pagne. Les Italiens mettent auffices mots, filon l’usage des Ajfèmblées ou Synagogues d’Ita-lie. Les Allemans, les Polonnois, & les autres Na-tions observent tous la même chose. Sous le nomd’Allemans néanmoins ils comprennent les Polonnois,parce questeurs usages ne sont point disserens.

J’ajoûterai feulement à ce qui a été déja remarquétouchant ces prières j que personne , soit femmes ouenfans, ne peut fe dispenser de prier Dieu, d’autantqu’on peut prier en tout tems, comme le remarquent

les

(d) S. Aug; Epis. à Paulin.