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[Volume I.]
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CEREMONIE

les Rabin?, & que ce peuple n’est restreint à aucuneheure déterminée. O) Peut-être que S. Paulfaisoit al-lusion à cette réflexion des Docteurs Juifs, quand ilexhorte les Chrétiens de Thessalonique à prier Dieuíàns cesse , non qu’ils dussent employer les joursentiers & les nuits à la priere, mais parce qu’on peutprier en tout tems & à toute heure.

La forme de leurs prières est de comrnencer d'a-bord par les louanges de Dieu , & ensuite on deman-de les choses dont on a besoin. Ôn peut aussr commen-cer par la demande, puis on loue Dieu, & l’on bénitson saint Nom. Il semble que nôtre Seigneur se soitattaché à cette méthode dans la priere qu’il nous alaissée; car elle commence d’abord par l'explication duNom de Dieu. Notre Pere qui êtes dans le Ciel, que vo-tre nom soit sanctifié, &c. Les demandes suivent âprescela, sçavoir, donnés-nous nôtre pain quotidien, &c. IIy auroit plusieurs autres choses à remarquer touchantles prières des Juifs : mais mon dessein est de ne m’ar-réter qu’aux principales , & fur tout à ce qui peutapporter quelque éclaircissement à la Religion desChrétiens.

CHAPITRE ï Xì

Des Bénédictions qui fint en usage parmi les Juifs ; le rap-port aue ces Bénédictions ont avec celles de laReligion Chrétienne.

L E commandement de bénir Dieu parmi les Juifsn’est pas une simple ordonnance de leurs Do-cteurs, mais un precepte contenu dans la Loi > où ilest dit que, (b) lorsqu'ils auront mangé , ìli béniront leSeigneur leur Dieu , de leur avoir donné une terre fi ferti-le. (c) Austi personne n’en est il dispensé non plus quede la priere , parce qu’on peut bénir Dieu en touttems: mais comme les Rabin? font fort subtils dans

s DES JUIFS 4>9

On remarquera donc premièrement, que celui quidonne la Beraca , ou Bénédiction parmi les Juifs fur lepain & fur le vin , est ordinairement la personne quise trouve être la plus qualifiée dans la compagnie ; aussinôtre Seigneur fait-il cette cérémonie avec ses Disci-ples en qualité de Maître ôc de Docteur. Saint,Luc,qui rapporte cette Histoire avec plus d exactitude queles deux autres Evangélistes Saint Matthieu & SaintMarc, fait mention de deux coupes, fur lesquellesnôtre Seigneur prononça la bénédiction, parce qu eneffet les Juifs, lorsqu’ils celebrent la Paque, commen-cent d’abord par la bénédiction de la Coupe qu’ilsremplissent de vin : & ils appellent cette premiere bé-nédiction de la Coupe,pour la distinguer de l’autre, labénédiction de la Coupe du manger. lis prennent qua-tre Coupes pendant tout ce repas , mais ils île bénis-sent que la première & la derniere : au moins c’estl’usage de la plupart des Juifs, à la réservé des JuifsAllemans, qui récitent la bénédiction fur toutes lescoupes.

Quôi qu’il en soit de ces divers usages qui font au-jourd’hui parmi les Juifs , il y a de l’apparence quenôtre Seigneur a suivi ce qui se pratiquoit en ce terns-là, & que S. Luc l’a rapporté de la même maniéréqu’il avoit été observé , au lieu que les autres Evan-gélistes n’en ont parlé que généralement, & seule-ment pour faire connoître cette action en gros. Jescai qu’on pourroit dire, que S. Luc a usé en cet en-droit d’une expression assez ordinaire aux Hébreux,qui repetent souvent une même chose , ou que parces deux disserentes coupes il a voulu marquer enparticulier deux disserentes Pâques de nôtre Seigneur*avec ses Apôtres ; comme s’il eût premièrement ob-servé la Cérémonie de la Pâque selon l’ancienne Loi,& que de-là il eût pris occasion d’instituer la Pâquede la nouvelle Loi. Mais cela ne paroît nullement ap-puyé fur le Texte de l’Evangile, & il est ce me sem-ble plus à propos de dire que nôtre Seigneur a fait 1 aPâque de la même maniéré que les juifs la faisoient

leurs interprétations de la Loi. R. Moïse prétend que _ .

les paroles de la Loi n’obligent précisément à lá be- alors, jusques-là même, que les trois Evangélistes ap-nediction qu’après qu’on a mangé , St qu’on a entié- | pestent le vin qui étoit dans la Coupe , le fruit de la

ïement pris son repas , à cause de ces mots qui sontdans le Texte, quand vous aurez, mangé , fr que vousferez, rajfafié. Cependant les Docteurs veulent qu’ondonne des bénédictions à Dieu , & devant & après lerepas, ce qu’ils ont même étendu à une infinité d’au-tres choses.

Le même usage de bénir le boire & le manger apasse^ de la Synagogue aux premières Assemblées desChrétiens ; fòit que vous beuviez., dit Saint Paul, (d)que vous mangiez ,, ou que vous fastiez, autre chose , fai-tes-le pour la gloire de Dieu. Ces fortes de bénédi-ctions s’appellentauffi actions de grâces, ou louanges;

c’est en ce sens qu’on doit entendre ces autres pa-roles de S. Paul contenues au même endroit ; Si fyparticipe avec aCtion de grâces , pourquoi fuis-je blâmé dece que je rends grâces. Nôtre-Seigneur a austi obser-ve exactement ces mêmes bénédictions , commequand il bénit les cinq pains dans le Désert, (e) bene-dixit niis. La bénédiction qu’il prononça fur le pain &à se vin séparément, lorsqu’il célébra la derniere.que avec ses Apôtres, est rapportée avec les mêmescirconstances qui se trouvent encore présentementdans les Rituels des Juifs. C’est pourquoi je m’ar-reterai principalement fur celle-là, & je montrerai enmeme tems en quoi nôtre Seigneur imita le Rite Juif,lorsqu il prononça ces paroles fur le pain qu’il bénis-sent, ceci est mon Corps, çy c ,

(») Epît. i. aux TheíTal. f, \j.

(b) Deuter. 8. io.

st) Rambam. Traité des Bénédictions!

00 Epit. i. aux Corinth. 10. V. z».

(e) Luc. 9. ,6.

Tome /.

vigne, conformément à ce qui se lit encore aujour-d’hui dans le Rituel des Juifs en ces termes : Soyez, bé-ni Seigneur nôtre Dieu, Roi du monde, pour aVoìr créé lefruit de la vigne, bore péri haggephen.

II est de plus fort probable , que nôtre Seigneuraprès avoir béni & rompu le pain selon la coutumedes Juifs, imita encore les'mêmes Juifs danS ces au-tres paroles, ceci eft mon Corps , de 1 a même maniéréqué lors qu’ils viennent à manger le pain fans levain,ils disent en langage Caldéen ou Syriaque, Ha lahmaania di acalou abhatana be area Mifraìm. Ceci est lepain d’affliction que nos Peres ont mangé dam la Terre d’E-gypte. Il y en a néanmoins qui récitent ces paroles erileur langue maternelle , d’autres se contentent de lesrepeter en une langue entendue de tous ceux qui as-sistent à la Cérémonie. Ce divin Maître fit entendreà ses Disciples, qu’il ne s’agissoit plus de manger lepain d’affliction, que leurs peres avoient mângé en sot-tant de l’Egypte; mais qu’étant l’Auteur d’unenou-velle Alliance, il leur donnoit en la place de ce’ painson Corps & son Sang. Prenez,, leurdit-il, & manygez ,, ce que je vous aonné est mon Corps ; Ôc après avoirprononcé la bénédiction fur le vin qui étoit dans laCoupe, il leur présenta ce vin sanctifié, comme par-lent lés Juifs, c’est-à-dire qui étoit véritablementchangé eíï son Sang , '• & leur dit, beuvez, en tous ; carce que je vous présenté est mon Sang > ^ Sang de la nou-velle Alliance , faisant allusion à ces paroles que Moïseprononça,pour confirmer l’Alliance que Dieu fit avecles Israélites dàns le Vieux Testament ; (aj C’est ici

^ le

(*) Exod, 3.4. 8 ,