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Ils ont pû par ce moyen conserver au moins unepartie de leur discipline ; mais comme il étoit impos-sible de retenir un si grand nombre de Traditionsqu’ils avoietit parmi eux , ils jugèrent qu’il étoit àpropos de les mettre par écrit, bien qu’elles ne dus-sent être enseignées que de vive voix. Et parcequ’oil pouvoit leur objecter qu’il n’étoit pas croya-ble que toutes ces Traditions eussent été conservéespendant tatlt de siécles, & dans un renversement gé-néral de leurs assaires , ils ont eu l’adresse de suppo-ser de certaines Classes de Sages ou Docteurs qui lesont enseignées chacun en leur tems, depuis Moïsejusqu’à celui qui les a mises le premier par écrit.Quelques-uns même ajoutent, & entr'autres R. Moï-se, que chaque Chef du Sanhédrin gardoit des. écritsparticuliers de ces Traditions, qu’il ne publioit pour-tant que de vive voix. Ceux qui les apprenoíent dela bouche des Chefs en dressaient auísi des Mémoi-res pour leur usage particulier.
C’est pourquoi R. Juda, à qui on attribue Ordi-nairement le premier recueil de ces Traditions, nefit que les assembler toutes fur les divers Mémoiresqu’on en avoir de son tems, & qu’il rechercha ex-actement. Ce Rabbin, qui étoit le Nafcì ou Princedu Sanhédrin, vivoit dans le second siécle , sous lesEmpereurs Antonins î Mais les Historiens Juifs neconviennent pas tòut-à-fait entr’eux du tems auquelil acheva cette compilation , laquelle fut reçue géné-ralement de tous les Juifs, & enseignée égalementdans ies Ecoles de la Palestine & de Babylone. CeRecueil a toujours servi de réglé aux Juifs depuisce tems-là pour toutes les affaires de la Religion , &on lui donna le nom de Mifna, c’est-à-dire Répétition ,ou plutôt Interprétation de la Loi écrite. Le stile enest assez pur, mais fort coupé; & parce que les Chefsdes Consistoires avoient la plupart apporté differentesdécisions fur les mêmes cas, R. Juda les rapporteroutes ; ce qui rend son Ouvrage obscur : car il ne mar-que pas toujours le sentiment qu’on doit suivre.Quelques Juifs ont néanmoins remédié à cette obscu-rité en marquant de petits cercles fur les noms desDocteurs Juifs dont la décision a force de Loi; & deplus il y a des Editions des Mifhajot , ou la décisionà laquelle on doit s’arrêter est marquée.
Le Livre appelle Mifna, dont nous venons de parler,& qui fait aujourd’hui le Texte du Talmud , étantécrit trop en abrégé 8c ne pouvant satisfaire à toutesles difficultez qui naissaient tous les jours fur la Loi,les Rabbins qui succédèrent à R. Juda y ajoûterentdepetits Eclaircissemens ou Commentaires, dont on anommé les uns Tojìphetot , additions, comme pour ser-vir de Supplément : & les autres ont le titre de Bara-jetot , c’est-à-dire Gloses hors da Texte. Mais ces petitesGloses n’étant pas encore capables de refondre toutesles questions qu’on faisoit fur la Loi, il fut nécessai-re de composer de plus grandes Gloses fur la Mifnaauxquelles on donna le nom de Guemara ou perfeSlion;& c’est proprement cette Guemara que les Juifs appel-lent aujourd’hui le Talmud.
Comme ils avoient deux célébrés Ecoles, ainsi qu’ila été remarqué ci-dessus, & qu’on enseigna la Mifnadans toutes deux, auísi ont ils composé deux sortes deTalmud. Le premier est celui de Jérusalem, dont onfait Auteur R. Johanan, Chef ou Nasci del’Ecolequi étoit dans la Palestine. On ne sçait pas précisé-ment en quel tems il vivoit. Les Juifs mêmes sontpartagez là-dessus ; car les uns assurent qu’il vivoitvers l a fin du troistéme siécle , & les autres vers lafin du quatrième. Le fécond Talmud estappellé leTalmud de Babylone, parce qu’il fut composé parR- Assé Chef d’une Ecole de ce Païs-Ià, au commen-cement du sixéme siécle , ou même vers le milieu,íèlon le sentiment de quelques-uns. D’autres néan-
I O N SUR LES
moins l’avancent d’un siécle, & prétendent qu’il é-toit composé dès le commencement du cinquième.Quoiqu’il en soit de ces differens sentimens des Hi-storiens Juifs, qui peuvent tirer leur origine de ceque ce Talmud a été composé à differentes reprises ;ils demeurent d’accord entr’eux que le Talmud deBabylone est postérieur à celui de Jérusalem , aumoins de cent ans. De plus quand ils parlent duTalmud, ils entendent ordinairement celui de Baby-lone, qui est beaucoup plus étendu que le Talmudde Jérusalem,dont ils se servent rarement, parce qu’ilest trop obscur & trop abrégé.
La Guemara ou Talmud de Babylone , qui sert dé-réglé aux Juifs dans toutes leurs Cérémonies, & dansleurs affaires, soit civiles ou criminelles, est écritedans un langage Caldéen de ce tems-là, qui est diffi-cile à entendre, parce qu’il est fort éloigné de la pu-reté de l’ancien Caldéen qu’on parloir à Babylone.Outre ce langage barbare elle est remplie d’une infi-nité de questions inutiles & d’histoires, ou plutôtde contes faits à plaisir, que les simples croyent êtrevéritables. Mais pour peu de jugement qu’on ait, ilest aise de voir que ce sont des allégories inventées pardes personnes qui n*avoient nul esprit, & qui nepeuvent servir qu’à rendre les Juifs ridicules. Ì1 y amême des fausserez manifestes dans ce Talínud, prin-cipalement dans ce qui appartient à l’Histoire & à laChronologie: mais les Juifs qui ont un péu de capa-cité n’ajoutent pas foi à ces sortes de faits fansles avoir examiné auparavant. Ce scróit néanmoinsun crime & une eípece d’Apostasie, de ne pas rece-voir leurs décisions ou interprétations de la Loi, pourlesquelles ils ont autant de vénération, que si ellessortoient immediatement de la bouche de Moïse. Ha~lacah le Mofce mi Sinaï, diíent-ils, c’efl une Traditionque Dieu a donnée a Moïse fur la montagne de Sindi : 8csous ce nom spécieux de Traditions ils ont embrasséles rêveries de leurs Docteurs, comme si Dieu mêmeles leur avoir revelées. II ne leur est pas même permis deles examiner, à moins de vouloir tomber dans l’heresiedes Caraïtes. Si vous leur demandez les raisons de tou-tes ces Gloses de leurs Peres, lesquelles paróiíïènt si fortéloignées du Texte de la Loi; ils n’ont point d’autreréponse à faire que celle-ci ; Ameru hacamenu ; nés Sa-ges ou Doéleurs font dit.
CHAPITRE XII.
Suite des Do&eurs Juifs qui ont succédé au Talmud.Réflexions fur 1‘origine des Traditions ridicules qui fintrenfermées dans ce Talmud. De leurs Coutumes fy deleurs usages locaux.
T Ou te la Tradition Juive étant renfermée dans léRecueil qu’on appelle Talmud, les DocteursJuifs, qui ont vécu après ce tems-là , ont été nommerSeboréens , c’est-à-dire personnes qui opinent, parcequ’en effet leurs décisions ne faifoíent point Loi par-mi eux. R. Moïse ne parle pourtant point de cesDocteurs contemplatifs dans la Préface de son Abrégédu Talmud ; mais il vient immediatement à ceuxqu’on qualifie de Gueonìm ou excellons, parce qu’ils ex-celloient par dessus tous les autres dans la science de laLoi. Ces Gueonim qui demeuroient dans le terri-toire de Babylone ont composé plusieurs Livres pourl’éclaircissement de la Guemara, & ils furent consultezde toutes parts parles autres Juifs : mais les Arabes s’etantrendu les maîtres de ce Païs-là , & ayant détruit lesEcoles qui y étoient, les Gueonim se réfugièrent enEurope , & principalement en Espagne, où R. IsaacAisés qui vivoit sur la fin des Gueonim sit un excel-lent Recueil des décisions de la Guemara, fans s’ar-rêter