Band 
[Volume I.]
Seite
54
JPEG-Download
 

II. D I S S E R T A T

dont il y a toujours plusieurs Exemplaires dans cha-que Synagogue écrits d’une façon tout-à-fait singu-lière, & exacte jusqu’à la superstition. Le parche-min par exemple sur lequel on doit écrire la Loi,qui auroit été préparé par un Chrétien, ou même parun Juif hérétique, ou par un Samaritain, seroit pro-fane , & ne pourroit être jamais employé à cet usage.Ainsi il est absolument nécessaire, que ce soit unvéritable Juif qui le prepare , & cela avec une certai-ne proportion, tant pour la hauteur du rouleau, quepour chaque page , & pour la mesure même de cha-que ligne. Ils observent l’ancienne maniéré d’écrireles Livres fur de longs rouleaux , & je ne trouveroisrien à redire dans leur exactitude à marquer les com-partimens des petites pages ou colonnes, dans lesquel-les ils écrivent les Livres destinez aux usages des Sy-nagogues, si ce n’étoit qu’ils en donnent des raisonssuperstitieuses: au lieu qu’on voit évidemment, quetoutes ces mesures n’ont été inventées, que pour ren-dre leurs volumes plus beaux & plus proportion-nez.

Il en est de même de l’encre dont on doit se ser-vir pour écrire ces Livres. Elle doit être faited’une maniéré particulière , & dont les Rabbins ontmarqué la composition. Ils n’y veulent rien d’écla-tant, comme for ou l’argent, non pas même les cou-leurs rouge , verte ou autre ; de forte que si un SeferTora , ou Exemplaire de la Loi destiné à l’usage dequelque Synagogue avoit une seule Lettre qui fûtd’une autre couleur que de l’encre dont ils enseignentla composition, ce Sefer Tora seroit rejette comme pro-fane, & on ne pourroit jamais s’en servir dans aucu-ne Synagogue. ^ / . .

Ils observent les mêmes réglés à l’égard de quelquesautres petits volumes, qu’ils lisent aussi dans leurs Sy-nagogues en de certains jours de Tannée. Us ont parexemple le Livre d’Esther, qu’ils nomment MegillahEsther, le volume d'Esther, décrit fur un rouleau avecles mêmes proportions que le Livre de la Loi : & cequi mérité le plus d’être remarqué dans ces Livres quisont consacrez aux usages des Synagogues, c’est quevous n’y voyez que les lettres feules de T AlphabetHebreu, fans aucuns de ces points voyelles qui pa-rodient dans les Bibles Hébraïques imprimées, &qui en déterminent la maniéré de les lire. Us ont ap-

Î iaremment conservé en cela l’ancienne façon d’écrirees Livres, avant que ces points voyelles lussent in-ventez. On n’y voit point les accents, fur les-quels les Juifs se règlent présentement dans les autresBibles, qui ne font point destinées à l’usage des Sy-nagogues , pour la distinction du discours : n’ayantpoint d’autres points ni virgules, que ces mêmes ac-cents qui servent aussi pour élever ou abaisser la voix,lors qu’ils lisent, ou plutôt qu’ils chantent les paro-les de la Loi. C’est pourquoi ils doivent s’être exer-cez long-tems auparavant, pour lire exactement dansles Synagogues, où il n’y a aucuns Livres ponctuezni accentuez de la maniéré que le font leurs autresExemplaires de l’Ecriture, soit imprimez ou ma-nuscrits.

Pour ce qui est de la principale étude des Juifs,ils croyent fur tout être obligez de Rappliquer àT étude de la Loi, & à celle de leurs Traditions ren-fermées dans le Talmud. Leurs Synagogues leur ser-vent d’Ecole pour cela, & il est rare de voir un Juifqui ne sçache lire assez exactement les Livres de laLoi , qui n’en sçache même une partie par mémoi-re; & qui de plus n’ait lû quelques traitez de la Mis-na, qui est comme le Texte du Talmud : Atjst-totqu un enfant, disent-ils , atteint l âge de cinej ans , ondoit Rappliquer d la Icílure du Texte de la Loi , (fi al’âge de quatorze ans, â la Jldijna.

Leur méthode d’instruire leurs enfans, est bien dif-

IO N SUR LES

disserente de la nôtre ; car ils apprennent la languiHébraïque, & même quelque chose du Caldéen, sanss’arrêter aux réglés de la Grammaire qu’ils ne lisentjamais: aussi est il rare de trouver Un Juif qui puisseenseigner aux autres ce qu’il sçait de la Bible & duTalmud, parce que toute la connoissance qu’il en a,n’est fondée que sur un long usage.

Lorsqu’ils sont parvenus à l’âge de treize ans, ilsapprennent les Commandemens, dont ils ont un très-grand nombre : & enfin s’ils ont assez de loisir pourétudier la Guemara ou le Talmud, ils le font dèsl’âge de quinze ans ; mais il y a peu de Juifs qui lesçachent parfaitement, & qui en puissent rendre rai-son; bien qu’on renseigne publiquement parmi eux*au moins dans les endroits où on leur a laissé la liber-té de le lire. Nous n’avons rien dans nos Ecoles quïapproche de la chaleur de leurs disputes, quand ilsviennent à la discussion de quelque point du Tal-mud ; car ils ont toûjôurs des raisons pour & contre,appuyées fur l’autorité de leurs Peres, & ils s’animentsi fort les uns contre les autres, qu’on croiroit à lesvoir qu’ils ont perdu entièrement la raison. Gens ra-tione furens (fi mentem pasta chimeris.

Comme il est rare que les Juifs Rappliquent auxbelles Lettres, & qu’ils ont même des Constitutionsde leurs Peres qui leur défendent la lecture des Philo-sophes, ils ne cultivent presque jamais leur raison; &c’est ce qui les rend si sort attachez à leur Religion,étant remplis dès leur enfance d’une infinité de préju-gez qu’il est presque impossible de leur ôter. Quoi-que le Talmud soit rempli d’Histoires qui n’ont nulleapparence de vérité , & qui sont de purs contes faitsà plaisir, ils ne laissent pas de respecter ce Livre, com-me si Dieu même l’avoit dicté à leurs Peres : tant ily a de simplicité dans le commun des Juifs. Car jene parle point de ceux qui sont éclairez , & qui ce-pendant sont obligez aussi-bien que les autres de re-garder ce Livre comme la réglé de leur foi. Autre-ment ils íèroient accusez d’impieté & d’heresie. Lojquuntur cum multir, sed fapiunt cum paucis.

CHAPITRE XIV.

Des Livres quì fi trouvent encore aujourd'hui parmi leiJais s, (fi s'ils peuvent être utiles en quelque chofi auxChrétiens.

O N a déja donné au public plusieurs Cataloguesdes Livres des Juifs sous le nom de Bibliothè-que Rabbinique. Je pourrois en marquer ici plusieursautres dont on n’a point encore parlé ; mais il fera ceme semble plus utile de remarquer l’ufage qu’on enpeut faire, que de se contenter d’en rapporter simple-ment les noms. J’avouë qu’il n’y a presque point descience dont il ne se trouve quelque Livre écrit enHebreu de Rabbin : mais à dire le vrai, il y en apeu qui soient exacts, outre que pour ce qui est desArts & des Sciences, les Juifs n’ont presque sait quecopier les Livres des Arabes, qu’ils ont traduit à leurmanière. C’est pourquoi on ne doit à mon avis con-sulter les Livres des Juifs qu’en ce qui regarde leurReligion : & encore le faut-il faire avec discernement,à moins qu’on ne vueille approuver avec eux toutesleurs rêveries.

Pour faire ce discernement avec quelque sorte déjugement, on considérera la Religion des Juifs en el-le-même, selon le rapport qu’elle a’ avec la ReligionChrétienne. Si on la considéré de la première manié-

. " ‘‘ reJ