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[Volume I.]
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6o II. DISSERTAT

ait dans ces premiers Chapitres de la Genese ungrand nombre de ces sortes de répétitions, il ne lais-se pas d’y avoir quantité de mots. On fera après ce-la , en peu de tems , de grands progrez dans la Lan-gue Hébraïque, pour tout ce qui regarde les LivresHistoriques de la Bible , parce que le stile en esttrès-simple. Maïs il n'en est pas de même des autresLivres, qui font d’un stile, ou plus coupé , ou plusfiguré ; c’est pourquoi il fera bon d’observer aussiquelque ordre dans la lecture qu’on en fera.

Je croi qu’on ne peut mieux faire que de lire lesPseaumes avant l’Ecclesiaste, les Proverbes & le Li-vre des Cantiques. Ces trois derniers Livres fontécrits d’un stile très-concis, & qu’on ne peut en-tendre qu’en y suppléant quelque chose. Et commeles Pseaumes tiennent en quelque façon le milieu en- 'tre l’Histoire & ces Livres, on s’accoûtumera peu àpeu au stile concis. On peut passer après cela auxProphéties, qui font néanmoins plutôt difficiles àexpliquer, à cause de la matière qu’elles traittent, qu’àcause des expressions , qui font pourtant plus figu-rées qu’elles ne font dans tout le reste de la Bible,parce que les Prophètes étoient des Orateurs parmiles Juifs. C’est pourquoi ils fe fervent assez souventde toutes les figures qui font ordinaires aux Ora-teurs ; principalement Isaïe, qui est fans doute le pluséloquent des Prophètes. Enfin on réservera pour lafin le Livre de Job, dont les expreffions font entiè-rement figurées, outre qu’assez souvent il ne parlequ’à demi-mot & par sentences. Peut-être feroit ifnécessaire de marquer ici quelles font les meilleuresVersions de la Bible, & qui peuvent le plus servirpour apprendre la Langue Hébraïque ; mais outreque cela a besoin d’une longue discussion, il est plusà propos de chercher un Maître fçavant & judicieux,& qui conduise son Disciple par toutes ces voyes,que d’avoir recours à des Livres qui ne parlent point,& à qui par conséquent on ne peut proposer les diffi-cultez qui surviennent.

CHAPITRE XVIII.

Des Liturgies ou Meffes des Chrétiens dans toutle Monde.

Q Uoi-que nous ayons expliqué ci-dessus l’origi-ne d’une partie des Cérémonies qui s’obscr-vent parmi les Chrétiens par raport à celles des Juifs,& principalement ce qui appartient aux Prières & àVOffice de l’Eglise ; nous ne laisserons pas d’ajoûterici un discours entier fur la Messe, que les Chrétiensdu Levant appellent Liturgie, & qui est le principalOffice de nôtre Religion : afin qu’on puisse connoîtreplus à fond la difference des Cérémonies qui font enusage dans disserentes Eglises. Mais nonobstant tous cesdifferens usages, elles ne laissent pas de convenir tou-tes dans la substance de cet Office, qui tire sonorigine des Synagogues Juives, que les Apôtresont imitées dans les premières Assemblées qu’ils onttenues.

Le mot de Liturgie a été pris du Nouveau Testa-ment, où il signifie pour l’ordinaire Office ou Mi-nistère public ; & en ce sens il est appliqué au mini-stère de l’Evangile , tant pour la Prédication, quepour l’administration des Sacremens. (a) C’est pour-quoi S. Paul voulant marquer que Dieu l’avoit desti-né à ce Saint Ministère dit , en parlant aux Fi-dèles de Rome j Que Dieu lui avoir fait la grâce dele choisir pour être le Leitourgos ou Jïdinijlrc de Je-sus-Christ, p our an noncer l’Evangile aux Nations.

W Epit. aux Rom. ch. if. v. 16.

ION SUR LES

Mais l’Eglise Orientale a restreint ce mot à l’Offi-ce particulier de la Messe , qu’elle appelle Li-turgie.

Si l’on considéré cet Office de la Liturgie dansson origine , on ne peut nier qu’il ne fût plus sim-ple , auffi-bien que tous les autres Offices, auxquelson a ajouté quelque chose dans la fuite , fans néan-moins en changer ce qui étoit essentiel. La Liturgiea toujours consisté dès le commencement en de cer-taines Prières accompagnées de louanges & d’actions degrâces qu’on faisoit sur le pain & sur le vin, pour les bénir[& pourles consacrer, en les changeant au Corps & auSang du Fils de Dieu par les paroles Sacramentalesque le Prêtre prononçoit. ] A l’imitation de ce queNôtre-Seigneur avoit observé dans Faction de la Pâ-que qu’il fit avec ses Apôtres. On rompoit ensuitece Pain , & on le distribuoit à tous ceux qui affi-stoient à la Cérémonie , à laquelle le Prêtre ou An-cien présidoit , de la même maniéré que parmi lesJuifs le Pere de famille ou le plus qualifié de la Com-pagnie bénit le Pain & ensuite le Vin de la Coupe, &qu’après avoir pris de F un & de l’autre , il les distri-bue à ceux qui font à table avec lui.

Il n’y a point de doute que Nôtre-Seigneur dansla dernière Pâque qu’il fit avec ses Disciples, & quiest décrite par les Evangélistes, n’ait suivi, lorsqu’ilbénit ou consacra le Pain & le Vin , les usages queles Juifs observoient en ce tems-là dans la célébrationde la Pâque. II se servit de prières, de bénédictions& d’actions de grâces semblables à celles dont ils seservoient dans la Cérémonie de F Agneau Paschal,qu’ils appelloient la Sanctification ou Consécra-tion de la Pâque. C’est pourquoi Nôtre-Seigneurleur commanda d’observer toujours cette Cérémonieen sa mémoire , comme les Juifs faisoient la Pâque,en mémoire de ce qui se passa lorsqu’ils sortirent del’Egypte. Et ce qui rend encore ces deux Céré-monies plus semblables, c’est que comme la Pâquedes Juifs est la représentation de ce qui arriva à leursortie de l’Egypte, quand ils furent entièrement dé-livrez de la captivité où ils étoient ; de même l’Offi-ce de la Liturgie parmi les Chrétiens, contient lesprincipaux Mystères de nôtre Religion , principale-ment de la Mort & de la Résurrection de NôtreSeigneur, qui les a délivrez de la captivité du péché.C’est ce qu’on peut remarquer dans tous les Ouvra-ges des Auteurs Grecs qui ont écrits fur la Litur-gie.

Outre les prières, les louanges, les bénédictions& les actions de grâces , en quoi consiste propre-ment la Liturgie , on lit l’Epître & l’Evangile , quiétoient autrefois accompagnées de quelque chose desProphéties & des Pseaumes, dont il reste même en-core des marques dans la Messe, laquelle ayant étéabrégée depuis quelque tems, on n’a retenu que decertains Versets des Pseaumes qu’on chantoit ou réci-tait autrefois tout entiers. Ce qu’on appelle présen-tement Antienne vient de ce que dans les commen-cemens, le Pseaume dont F Antienne d’aujourd’huin’est le plus souvent qu’un Verset, sc chantoit en-tier. Le mot Antienne tire son origine du mot GrecAntiphona , parce qu’on recitoit alternativement cesPseaumes dans les Assemblées. C’est aussi pour cet-te raison qu’on trouve dans la Messe de certains Ver-sets des Prophéties & des autres Livres de la Bible,parce que ceux qui ont abrégé la Messe n’ont rete-nu qu’une partie d’un discours qui étoit plus long.Ce qui paroît évidemment dans F Antienne qu’onnomme Offertoire, & qui ne consiste pour l’ordinairequ’en un Verset, ou deux de quelque Pseaume : aulieu qu’au commencement on chantoit les Pscau-mes entiers pendant que le peuple faisoit ses Of-frandes.

On