CEREMONIES DES JUIFS. 61
On remarquera néanmoins que la lecture des Li-vres du Vieux-Testament, de l’Epître & de l'Evan-gile , & le chant même des Pseaumes, ne font pointdes choses singulières à l’Office de la Messe : mais tou-tes les fois que les premiers Chrétiens s’aíTembloient, ilsne manquoient point de faire ces lectures, comme ilparoît des Epîtres de S. Paul, & des Ouvrages des88. Pères- On ne peut pas douter, ainsiqu’ilaétédit ailleurs, que cette coutume ne soit venue des Sy-nagogues Juives, ou l’on faifoit exactement la lectu-re de la Loi, & de quelques endroits des Prophéties.
Il y a même de l’apparence que la coutume de lirel’Epître & l’Evangile au Pulpitre tire auffi son origi-ne de ce qui s’obferve dans les mêmes Synagogues,où le Lecteur est placé dans un lieu un peu élevé ,&en forme de Pulpitre.
En un mot pour peu de réflexion qu’on faste furl’ancienne maniéré de faire la Liturgie selon qu’elle fetrouve dans les Livres de S. Justin Martyr , & desautres premiers Peres de l’Eglife, on trouvera que lameilleure partie vient des usages qui s’obfervoient dansles Synagogues, & que les Apôtres ont retenus dansles premières Assemblées des Chrétiens. Mais le temsy a apporté quelque changement, & cela différem-ment selon les differens lieux , ce qui n’empêchepourtant pas que toutes les diverses Liturgies qui fontrépandues dans -tout le monde, ne conviennent ensubstance & dans ce qui fait le fond principal de laLiturgie. Venons maintenant au détail, & exami-nons en particulier cette diversité de Messes ou Li-turgies.
On peut les diviser en général en Orientales &Occidentales: Sous le nom de Liturgies Orientales, oncomprendra les Liturgies des Grecs & des Melchites,lesquelles sont l’origine & la source de toutes les au-tres du Levant ; celles des Caldéens ou Syriens, quifont les Nestoriens, les Jacobites, & les Maronites ;celles des Cophtes ou Chrétiens d’Egypte , & cellesdes Ethiopiens ; celles des Arméniens qui font écri-tes en vieil Arménien ; celles des Iberiens ou Géor-giens & des Mengreliens écrites en leurs Langues; Icelles des Albanois, des Sclavons & des Moscovi-tes, auxquels on peut joindre les Circastiens & lesautres Chrétiens qui font dans la Tartarie. D’oùil est aisé de juger combien est grande l’étenduëdes Nations Chrétiennes qui suivent encore aujour-d’hui le Rite Oriental dans la forme de leurs Litur-gies.
Cette difference de Rite entre les Chrétiens d’O-rient & d’Occident pour la Liturgie , consiste prin-cipalement dans une certaine Priere que les Orien-taux appellent l’Invocation du S. Esprit, & dans la-quelle , selon eux , consiste en partie la consécrationdu Pain & du Vin, & non pas dans ces seules paro-les, Ceci est mon Corps, & le reste. Cette Priere ouInvocation fe trouve presque en mêmes termes dansles Liturgies de toutes les Nations que nous venonsde nommer; au lieu que pas une des Messes Latines,qui font en usage dans l’Eglise d’Occident, ne lacontient. Sous le nom des Messes Latines, nouscomprc nons aussi les Eglises qui ont accommodé leurRite à celui de Rome. Une partie des Sclavons, parexemple, qui habitent le long de la côte de Dalma-tie, ont traduit l’Office Romain en langage Sclavon,& y ont conformé leur Liturgie. Les Grecs de plus,qui font dans la dépendance des Evêques Latins, ontauffi introduit quelques changemens dans l’ancienneLiturgie Grecque. On peut dire la même chose desliturgies des Maronites, d’une partie des Nestoriens. des Arméniens, qui ont auffi reformé leurs Litur-gies, pour approcher davantage de la Messe des La-tins; mais il n’est pas mal-aisé de découvrir ces chan-gemens , en les conférant avec d'autres Liturgies de
ces mêmes Nations, & d’en séparer tout ce qui ap-partient au Rite de l’Eglise Occidentale.
Pour ce qui est des premiers Auteurs de la Litur-gie & de la Langue dans laquelle elle a été première-ment écrite, on a dit bien des choses fur ce sujet, quin’ont aucune apparence de vérité. 11 est fort proba-ble que tout ce que nous avons de Liturgies tireson origine des Grecs ; car les expressions en fontGrecques, Sc paraissent avoir été traduites du Grec.
II ne faut pourtant pas s’imaginer que les Apôtresayent célébré en Grec la Liturgie de la manière qu’el-le est aujourd’hui remplie de termes & de façons deparler qui n’étoient point en usage dans les premierssiécles de l’Eglise. Mais de l’observation que nousvenons de faire, que toutes les Liturgies paraissentavoir été traduites du Grec , on en tirera cette con-séquence , que les Eglises Grecques ont été les pre-mières qui ont -composé un corps de Liturgies , furlesquelles les autres Nations Chrétiennes se font ensui-te réglées. II est même fort vrai-semblable, que lesApôtres dans les premières Assemblées ont célébré laLiturgie en Grec , parce que la Langue Grecque c-toit alors la Langue la plus étendue de l’Empire , &que dans Rome même plusieurs l’entendoient ; ou-tre que l’on parloit Grec dans la plupart des premièresEglises qui ont été fondées par les Apôtres ; & c’estla raison pourquoi ils n’ont jamais écrit aux Fideles,même à ceux qui étoient à Rome > qu’en cetteLangue.
On peut encore ajouter à cela , que dans les pre-mières Assemblées des Chrétiens la lecture du Nou-veau Testament fe faifoit en Grec, avant que chaqueNation l’eut traduit en fa Langue , & je ne doutepoint que l’on n’y chantât auffi ou récitât les Pseau-mes dans’la même Langue , en ce tems-là principale-ment qu’on lisoit la Version Grecque des Septantedans la plus grande partie des Synagogues.
Il est vrai que la. Langue maternelle de la plupartdes Apôtres étoit la Langue Syriaque , & que lesJuifs de Jérusalem & des autres lieux voisins lisoientapparemment la Bible en Hebreu dans leurs Synago-gues; mais cela prouve tout au plus que quelques-uns des premiers Chrétiens ont célébré la Liturgie enlangage Caldéen ou Syriaque , & que la lecture desProphéties & la récitation des Pseaumes se faifoientdans leurs Assemblées en Hebreu. Ce qui n’est riensi on le compare avec tous les autres lieux où la Lan-gue Grecque étoit en usage. De plus il n’y avoit pasalors de corps de Liturgies écrites en Syriaque ou enHebreu, comme quelques Auteurs se le sont imaginé. IIn’y a rien de si mal fondé que cc que ces Auteursprétendent , que S. Pierre & quelques autres Apôtresont célébré la Messe en Hebreu : car il y avoit long-tems que la Langue Hébraïque n’étoit plus en usageparmi les Juifs. Or S. Paul nous enseigne que dansles premières Assemblées des Chrétiens la Liturgie &les autres Prières fe faifoient dans une Langue qui étoitentendue de ceux qui y affistoient ; (a) & cela mê-me est confirmé par le Cardinal Bona,qui assure queles Apôtres faifoient les prières de la Liturgie dans laLangue duPaïs où ils fe rencontraient.
Mais il ne faut pourtant pas conclure avec ce Car-dinal, que les Apôtres soient en effet les premiers Au-teurs de toutes les Liturgies qui sont répandues entant de Langues dans toute l’Eglise : car il est con-stant que les Liturgies en langage Caldéen ou Syria-que, par exemple celles des Nestoriens, des Jacobi-tes & des Maronites, ne sont point les memes Litur-gies que les Apôtres ont pû célébrer en cette Languedans le territoire de Jérusalem > o autant que le Syria-que de ces Liturgies est diffèrent du Syriaque que
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