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[Volume I.]
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6 % II. DISSERTA'

les Apôtres partaient en leur tems & en leur Païs :outre que comme il a été déja remarqué , ces Litur-gies Syriaques ont été traduites du Grec. Ce qu’ondoit auffi observer dans les àutres Liturgies.

Sous pretexte que les Apôtres ont célébré la Litur-gie dans là Langue des Eglises qu’ils ont fondées, ilne s’ensuit pas qu’ils soient en effet les Auteurs desLiturgies qui portent aujourd’hui leur nom dans lesEglises d’Orient. Il suffit de jetter les yeux sur cesLiturgies, pour être convaincu qu’elles ne peuventavoir été en usege quê plulîeurs siécles après les Apô-tres. Les Grecs en ont trois célébrés qui portent lesnoms de S. Jacques, de S. Basile , & de S. JeanChrysostome : mais ils ne se servent dans l’usage or-dinaire que des deux dernières. Si on recherche avecfoin les raisons qu’ils ont euës de donner ces noms àces trois Liturgies , on n’en trouvera point d’autresque celles qu’ils tirent d’une tradition peu certaine,& à laquelle on ne doit pas ajouter foi aisément,parce que les plus sçavanS Grecs n’en demeurent pasd’accord entr’eux. Je sçai qu’on appuyé ce senti-ment sur l’autorité de Proclus qui affeure que S. Jac-ques est le premier Auteur de la Liturgie Grecque,8 c que cette Liturgie s’étant beaucoup augmentéedans la fuite des tems, ( a ) Saint Jean Chrysostome,& S. Basile trouvèrent à propos de l’abreger , d’oììfont venus les noms de Liturgie de S. Jean Chryso-stome & de S. Basile. Mais nous n’avons pas aujour-d’hui le Livre de Proclus où cela est rapporté , on enproduit seulement un fragment, dont on n’est pas cer-tain s’il est véritablement de lui. (b) L’Auteur quia fait imprimer à Rome en Grec & én Latin quel-ques Ouvrages de ce Proclus Archevêque de Con-stantinople , en parlant de ce fragment, se contentede dire que le Copiste qffi a descrit les LiturgiesGrecques,a fait seulement un extrait de quelque Let-tre ou traité de Proclus qu’il a mis à la tête de cesLiturgies, pour leur donner plus d’autorité, & qu’il arapporté à fa maniéré les paroles de Proclus, & nonpas le Texte même.

Il semble néanmoins qú’ôfi doit considérer ce frag-ment de Proclus comme étant de lui, ou du moins quece qui y est rapporté n’est pas appuyé fur le simpletémoignage d’un Copiste qui a voulu donner quelqueautorité aux Liturgies qu’il publioit. Car les Evê-ques Grecs assemblez dans le sixième Concile qu’onnomme in Trullo, (c) attribuent à S. Jacques la Li-turgie que nous avons sous son nom , & la plupartdes Auteurs Grecs qui ont vécu depuis, font auffi lamême chose non seulement à l’égard de cette Litur-gie , mais auffi à l’égard des deux autres qu’ilscroyent être en effet de S. Jean Chrysostome , & deS. Basile. A quoi je responsque les Peres de ce Con-cile ont suivi en cela le sentiment commun , qui n’é-toit appuyé que sur une tradition populaire , sansFexaminer à fonds.

Cela est si vrai, que Théodore Balfamon , à quion demanda par Lettres si les Liturgies qu’on lisoitdans (d) les Eglises de Jérusalem & d’Alexandrie sousles noms de S. Jacques & de S. M ar c étoient verita-tablement d eux, fit cette réponse. Que ni l’Ecritu-re sainte ni aucun Concile n avoient attribué d S. Marcla Liturgie p°rtoit fin nom ; qu’il n'j avoit que letrente-deuxiéme Canon du Concile général in Trullo, quiattribuât d S■ Jacques la Liturgie qui étoit auffi fous finnom: mais que le 8;. Canon des Apôtres _, & le 55,. Ca-non du Sjnode de Laodicée , dans le dénombrement qu’ilsê fait des Livres de ÍEcriture sainte qui ont été compo-sez, par les Apôtres , & dent on, devoit fi servir dansl’Eglise, ne faifiient aucune mention des Liturgies de S.

la) Procl. Hb. de Trad. Div. Liturg.

(b) Vincent Ricard, (c) Can. -r.

(J) Theod. Bals. jur. Gr*c. Rom, lit». 5

ION SUR LES

Jacques & de S. Marc. On pourroit ajouter plusieursautres preuves semblables, pour faire voir que ni S.Jacques ni aucun des autres Apôtres ne sont point lesAuteurs des Liturgies qui portent aujourd’hui leursnoms. Eusebe & S. Jérôme, qui ont écrit des Cata-logues assez exacts des anciens Auteurs Ecclésiasti-ques , auroient-ils omis ces Liturgies attribuées auxApôtres, s’il y en eût eu quelques-unes de leurtems?

Je m’étonne que Léon Allatius & le Cardinal Bo-na ayent crû que celle qui porte le nom de S. Jac-ques , & qui est l’origine de toutes les autres Litur-gies , soit en effet de lui, & qu’on l’ait feulementaugmentée dans la fuite du tems. Mais les preuvesqu’ils en apportent ne font nullement concluantes.C’est pourquoi il y a plus de raison de dire que nîSaint Jacques, ni Saint Marc , ni S. Pierre , ni au-cun autre Apôtre, ne sont les Auteurs des Liturgiesqu’on a publiées fous leurs noms, dont on s’est ser-vi pour autoriser les Liturgies qui se sont introduitespeu à peu en différentes Eglises, & qui n’ont pointd’autres Auteurs que l’usage, qui a toûjours été danschaque Eglise, dès le tems même des Apôtres, de fai-re des prières & des actions de grâces de la maniéréqu’il a été expliqué ci-deffus.

Pour ce qui regarde les Liturgies attribuées à S.Jean Chrysostome, & à S. Basile, on ne peut pasauffi asseurer qu’ils en soient les Auteurs,- parce quel’Eglise de Constantinople, &les autres Eglises Grec-ques , avoient leurs Liturgies long-tems auparavant.II se peut faire que ces deux Peres ayent apportéquelque resormation aux anciennes Liturgies ; mais iln’y en a point de preuves certaines & évidentes. En-fin l’on trouve auffi dans les Constitutions qui por-tent le nom de S. Clement, une forme de Liturgieassez ancienne ; mais il n’y a pas d’apparence qu’ellesoit de lui non plus que les Constitutions.

Après avoir parlé des Liturgies Grecques í il est:presque inutile de traitter de celles des autres Eglisesdu Levant, qui n’ont fait autre chose que traduireen leurs Langues ces Liturgies des Grecs, en les pu-bliant sous disserens noms pour leur donner plus d’au-torité. On trouve un bien plus grand nombre de Li-turgies écrites en Caldéen ou Syiiaque, qu’il n’y ena en Grec. Les seuls Jacobites en ont plus de qua-rante différentes sous disserens noms. Les Maronitesqui ont fait imprimer leur Missel à Rome en 1592.n’y ont mis que douze Liturgies, bien qu’ils en ayentun plus grand nombre, & qu’elles leurs soient la plû-part communes avec lesjacobites. C’est à quoi on n’apeut-être pas pris garde, lorfqu’on a imprimé ce Misselavec quelque resormation ; car on y a inséré la Litur-gie d’une certain Barsusan célébré Jacobite.

Les Chaldéens, qui ont une Liturgie de S. Jacquesécrite en leur Langue, & qui a été traduite du Grec,croyent ordinairement que cette Liturgie est la sour-ce de toutes les autres, & qu’elle a été véritablementécrite par S. Jacques dont elle porte le nom: maisonne les en doit pas croire , parce qu’ils n’en donnentaucunes raisons. Ils s’appuyent seulement sur une tra-dition populaire , sens examiner si elle est vraye ounon. Le Missel des Nestoriens, dont j’ai eu un exem-plaire entre les mains, n’en contient pas un si grandnombre. Celle qui se fait le plus remarquer dans ceMissel dont se servent les Nestoriens qui sont aux en-virons de Babylone , porte le nom de Nestorius, &elle est beaucoup plus longue que les autres. S’il estvrai que Nestorius ait composé une Liturgie particu-lière , il l’aura sens doute écrite en Grec. Auffi est-cele sentiment d’Ebed Jesu dans son Catalogue des Li-vres Orientaux , où ‘il remarque que la Liturgie deNestorius a été traduite de Grec en Chaldéen ou Sy-riaque par Thomas & Maraba. Les mêmes Nestoriens

ont