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[Volume I.]
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72 TROISIEME DISSERTATION

II. Idée des Persécutions que les Juifs ontsoufertes depuis laderniere révolution de JerufalemJous t Empereur Yeípaíìen.

Les Religions se ressentent presque toujours des révolutions ôc de la déca-dence des Etats. Il faut plus de courage qu’on ne pense pour professer de bon-ne foi une Religion méprisée, ôc que les pallions humaines mettent hors demode. La destruction de Jérusalem par les Babyloniens porta un rude coupau Judaïsme > ôc quoiqu’il revint ensuite de la captivité quantité d’honnêtes gens,il en sortit auíïì quantité de scélérats, qui acheverent ce que la méchanceté de' leurs ancestres avoit commencé, & qui mêlèrent leurs vices avec ceux des Colo-nies que le Roi de Babylone avoit laissées dans la Judée. C’est la une fuite na-turelle des mélanges de distèrens Peuples* Le vulgaire s’imagine que ces ancienscaptifs étoient tous des saints, ôc que leur unique occupation c’étoit de chanternuit ôc jour a l’honneur & à la gloire de Dieu. On se trompe.

La pureté de la Morale ôc du Culte Religieux s efaça peu à peu depuis le re-tour de la captivité .- niais I’obstination des Juifs pour les rites & les cérémo-nies en devint plus forte. Oserions nous hasarder ici une pensée ? Au défautdes miracles & des prophéties, qui empêchoient que l’on ne prit pour Religionce qui n’en étoit que 1’écorce ou l’apareil, les. Juifs s’abandònnerent aveuglémentLux Traditions vétilleuses de leurs Docteurs , qui s etabliílbient fur les ruines desProphéties, ôc á tout Pexterieur de la Loi, qui leur paroiílòit nécessaire pour sou-tenir avec éclat une discipline difficile ôc incommode , que les miracles ne soute-noient plus. Après cela la face du Judaïsme fut entierement chaïigée, ôc lesJuifs prirent le masque de l’hypocriíìe. Quelque embaraslàntes que paraissentles cérémonies ôc les pratiques ordonnées par les hommes, elles sont infini-ment plus faciles que la reforme du cœur.

C est au millieu de cette corruption, que le Paganisme triompha de k foibleíseôc de la décadence du Judaïsme sous la puissance redoutable des Romains. Ilsemble que cette (a) corruption s etendoit fur l’Eglise Juive, a mesure que letems de íà destruction aprochoit. Cette même corruption diípoíà principale-ment la Nation à la révolté, qui entraîna la ruine de l’Etat. Les Princes Ro-mains , fous la Domination deíquels les Juifs étoient obligés de vivre , traitèrentaises rigoureusement ce Peuple ; mais on les ménagea bien moins après la ruinede leur Capitale. Domitien les chargeá d’impots , qu’il faisoit exiger avec tantde violence , qu’on dépouilloit nuds ceux qui étoient (h) soupçonnés de Judaïs-me; afin de vérifier de près s’ils étoient circoncis ou non. Il les confondit avecles Chrétiens dans la persécution qu’il fit soufrir à ceux-ci. Leur révolté sousAdrien leur attira de nouveaux malheurs : ôc fi l'on en croit {c) Juvénal , ils é-toient réduits alors a faire les devins ôc á dire la bonne avanture : mais il ne fautpas s’imaginer que toute la Nation s’attâchat a cette occupation méprisable. Ou-tre que Juvénal n’aimoit pas les Juifs, il y a lieu de croire, qu’il n'y avoit gue-res que k canaille qui s’amuíat à ce métier. Quoiqu’il en soit la misere les aiantrendus inquiets, ils voulurent se soulever fous la conduite de Barcochebas , qui sedéclara le Meffie, mais il s’en trouvèrent mal, ôc l’Empereur Adrien fit périr ungrand nombre de ces rebelles. Il les exposa en vente comme des Bêtes ôc leurdéfendit de s’établir dans la Judée.

(a) V. Joseph, (b) Sm. in VomUianQ, Çh. IL. (c) Sot* 6,

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