SUR LES CEREM. DES JUIFS. 73
Nous nous propoíons de donner âu Lecteûf Uiie idée un peu étendue de lamifere du Peuple fuis, dans tous les siécles qui fe font écoulés depuis la naissancede Jésus-Christ. Les Rabins disent que l’Empereur Antonin le pieux avoir pris dugoût pour le Judaïsme. Severe & ses Successeurs eurent aussi beaucoup de bontépour les Juifs. Du moins ne paroît il pas quils aient été fort maltraités par cesEmpereurs Païens. Mais les Chrétiens devenus Maîtres de l'Empire n eurent pastant de ménagement pour une Nation regardée comme Pennemie jurée de Jésus*.Christ. O 11 fe ressouvint qu’elle l’avoit crucifié , & l'on fe crut obligé de van-ger les outrages faits au Messe. Constantin commença par des Loix assés mo-dérées , mais Constance la ménagea beaucoup moins, ôc voulut qu’on punit demort le Juif qui épousèroit une Chrétienne. L’Empereur Theodofe eut la com-plaisance de laisser aux Juifs l’exercice de leur Religion. Cette complaisance pa-rut si dangereuse à Saint Ambroise , quil emplóia toute leloquence Chrétiennepour prévenir le malheur qu’il en craignoit. La Fête, que les Juifs celebrent enmémoire de la délivrance que la Reine Esther leur procura , fut sùpriméeau commencement du cinquième siécle : parce que les Chrétiens fe persuadèrentqu’on infultoit a Jefus-Christ fous la figure d’A man; & les Ecclésiastiques autori-sèrent la fupression. 11 y a du plaisir a mortifier les ennemis de sâ Religion,quand les Pasteurs en donnent la permission , &c l’on s’imagine alors fans pei-ne, que c’est là le Christianisme. Nous passons au tems de Justinien. Ce Prin-ce leur défendit de manger l’Agneau Pascal. Il leur défendit encore l'exercice deleur Religion en Afrique. La charité du Prince fe joignit à ces voies d’autorité ;(a) car il voulut travailler à leur conversion. Dans la fuite ils furent bien oumal traités suivant le génie des successeurs de Justinien ; mais Heraclius fe déclaratout-à-fait leur ennemi, les persécuta en plusieurs occasions & emploia la violen-ce pour les obliger à embrasser le Christianisme, (b) Il les fit même persécuterdans les Etats des Princes voisins ; cardia sollicitation le Roi d’Espagne en fitpérir quantité , par ce principe religieux , qui tend a détruire le corps pour ta-cher de sauver lame. Quelques autres Rois Wisigoths ne les traitèrent
pas mieux en Espagne. Chilperic & Dagobert Rois de France fe don-nèrent aussi de grans mouvemens pour la conversion des Juifs, & en firent bap-tiser plusieurs : c’est-à-dire qu’on les plongea dans l’eau pour en faire extérieu-rement des Chrétiens ; car les signes & les cérémonies qu on emploie pourengager dans une Religion ne l’impriment pas dans le cœur. L’Histoire nousaprend que Léon Ylsaurien eut le même zèle pour la conversion des Juifs, ôcvoulut qu’ils fussent Chrétiens.
Dans l’Occident le régné de Charlemagne, & ensuite celui de Louis le Delon-maire furent assés favorables aux Juifs ; mais cela ne fut pas du goût du fameux Ago-bard Evêque de Lion. Tout fige & modéré qu’il étoit, il tâcha d’animer son Sou-verain contr’eux par des (c) écrits assés vifs : cependant ils furent encore tolé-rés sous fe Régné de Charles le Chauve , quoique pour les rendre odieux auxPeuples, on les accusât de tems en tems de íàvorifer les ennemis de (d) l’Etat.
' Tome I. M Le
(a) Un Saint Solitaire, nommé Siméon d’Emese , cofivertit alôrs un Vitrier Juif. Voici comment ils y prit. Cet omme vouloit faire un verre, & toutes les fois qu’il foufloit, au lieu d’un verre il íaisoit desCroix. Le Saint charitahle lui dit qu’il ne réiiíïiroit jamais à faire ses verres, qu’il n’eut fait auparavante ngne de la Croix. L Ouvrier crût le Saint & fe convertit au Christianisme.
O) V. Basnage Hiit. des Juifs.
(O Voies en des extraits dans l’Hist. des Juifs par M. Basnage.
C ) Nous n en donnei ons qu un exemple. Dans le commencement du treiíìéme Siécle, l 'Archevêque de
olede pilla les Juifs de son Diocèse, & fit cette expédition à la tête de la populace.- II accusoit les Juifsd avoir voulu livrer la Ville aux Mores. Ce fut encore en ce tems-là , que les Croises qui s’étoient assem-blés