98 SUITE DE LA TROISIEME DISSERTATION
ce point nest pas moins contesté que l’autre. Ce Conseil avoit le Droit de vie& de mort, outre celui d’interpreter les Loix & la connoiffance de toutes les cau-ses Ecclésiastiques. Gabinius Gouverneur de Syrie pour les Romains lui enlevases Privilèges environ 5 7. ans avant la naiíìance de Jefus-Christ.
Le Grand Sanhédrin tenoit ses Assemblées dans le Temple de Jérusalem & re-cevois les appels des Cours de Justice des autres Villes de Judée. On appelloitces Cours inférieures petits Sanhédrins. Elles étoient compostes de z 3. personnes.
C est tout ce qu il est neceíseire de dire au sujet du Grand Sanhédrin & desConseils inférieurs ; puisque les uns & les autres sont abolis depuis la ruine deJérusalem. On ne les a pas vû revivre âpres cette destruction, & l’on ne trou-ve rien qui s'y rapporte dans l’Histoire de nôtre tems, si ce n est le Concile queles Juifs tinrent en Hongrie dans le dernier siécle. En voici la Cérémonie & lesparticularités, telles que les rapporte M. Bafnage. L. 9. Ch. 35. de son Histoi-re des Juifs. Un Anglois, qui disoit avoir assisté à ce prétendu Concile, luia fourni ce détail.
Ce Concile, qui se tint à trente lieues de Bude dans la Plaine d ’Ageda , futassemblé pour examiner tout ce qui regarde le Messe , & pour décider ensuite,après un meut examen, s’il étoit venu ou non. Trois cent Rabins formerentcette venerable Assemblée. On y campa sous des Tentes, dont la plus grandefut destinée à être la Salle de l'Assemblée. On n’y reçut que ceux qui favoientparler Hebreu & qui montroient leur Généalogie. On élut un Président issude la Tribu de Levi. Celui-ci forma la question, étant affis devant une Ta-ble, vis-à-vis de la porte d’Orient, & aiant tous les Docteurs de l’Assembléerangés en cercle autour de lui.
Le premier jour se passa en civilités; on se baise fraternellement & on don-na l’exclusion aux Juifs qui ne purent prouver leur origine. On forma dés lesecond jour la proposition en ces termes ; Nous devons examiner Ji le Messie ejlvenu y ou fi nous devons /'attendre encore . Quelques Rabins panchoient a croirequ il étoit venu : mais la négative 1 emporta , & l’on conclut qu'il fàlloit at-tribuer a l’impénitence & aux péchés de la Nation les véritables causes de ce fu-neste retardement. Les premiers étoient partagés en deux sentimens. Les unstrouvoient les Caractères du Messe dans Elie, & les autres dans Jefus-Christ. UnRabin insista long-tems sor les miracles de celui-ci ; mais on le réfuta vivement.Les Peres du Concile delibererent ensoite sor la maniéré dont le Messie viendroit,òc l’on détermina qu’il paroitroit en Conquérant ; qu’il ne seroit aucun chan-gement a la Religion j & qu’il naitroit d’une Vierge.
Le Concile avoit dé j a duré six jours, lorsque six Ecclésiastiques venus deRome se présentèrent à l’Assemblée. Ceux-ci, après avoir voulu prouver la ve-nue du Messe , étalèrent aux Juifs la magnificence des Cérémonies de l’Egli-se, la dignité de son Culte , les richesses & l’autorité du Chef visible de l’Eglise,qui est le Vicaire du Messe : mais on rejetta unanimement des choses si contrai-res a l’eíprit du Judaïsme, & l’on prononça une eípece d’Anatheme contre ì'Hom-me-Hieu , contre l’Intercesson des Saints, le Culte des Images & l’Invocation dela Vierge.
Nous avons raporté avec plaisir l’Histoire òc la Cérémonie de ce Concile : maisPautorité de l’Auteur Anglois, qui a écrit cette Histoire, n’est pas assés grandepourl’en croire sor se parolle. Est il vrai semblable, qu’une Assemblée aussi solem-nelle que ce Concile ait été permise par les Princes? que les Juifs aient eu la har-diesse de se récrier avec outrage contre Jefus-Christ &c. en présence de quelquesEcclésiastiques venus de Rome ì que cette Assemblée n’ait fait aucun bruit dans le
mon-