112 SUITE DE LA TROISIEME DISSERTATION
„ munie, on anathematise , on maudit avec exécration , on extermine *N. N,
„ par le Livre de la Loi, par les Préceptes que ce Livre contient , par la ma-lédiction que Joíué prononça contre Jéricho , par celle qu ’Elizée lança con-„ tre les Enfans qui íè mocquoient de lui, par celle dont il maudit Gueha-,, %i Scc. “ On le maudit encore par le Ciel, Sc par la terre : on déchainecontre lui toutes les puiíïances des tenebres : on le dévoue a la malédiction desAnges : On prie Dieu qu’il ne naisse rien de bon de lui ; que íà ruine soitpromte; que toutes les Créatures íôient ses ennemies ; qu’un Tourbillon 1 écra-sé ; que la íìevre &: toutes les infirmités humaines le íàisiísent ; que íà mort foieimprévue , Sc douloureuse ; qu’il meure dans le désespoir, Sc qu’enfin ilaille dans les tenebres. Cette sentence est publiée avec toute la íòlemnité poífi-ble, Sc reïterée trois fois en {hissante jours. Après cela on la charge de nouvel-les malédictions, si tant est qu’il soit poífible d’en trouver de plus atroces. Sil'Excommunié est un Apostat, on a droit de l’enlever & de le tuer.
L’Excommunication peut auífi tomber íur les bêtes. Un íàge d’entre les Juifs,mais qui n’étoit pas encore parvenu à ce dégré de patience , qui fait monter à lavéritable íàgesse, excommunia un chien , qui avoir {'insolence de ronger les {hui-liers du íàge. L’excommunication rongea la queue du chien avec toute la vio-lence du feu matériel.
Le Dictionnaire de Bayîe nous fournira des preuves parlantes des maux àquoi est expose celui qui vient d’être excommunié. Acojìa , dont il s’agit,connut par íà propre expérience , que les peines canoniques íhnt quelquefoisplus atterrantes Sc presque toujours dune plus fâcheuse conséquence , que cellesdu bras séculier. Ce n’étoit rien que {'incivilité Sc les mauvaises maniérés de sesfreres à son égard. On excita les enfàns à {'insulter en pleine rue Sc à jettes despierres contre íà maiíbn. Ils couroient après lui avec des huées, Sc le char-geoient de malédictions. On crachoir en le rencontrant & l’on exhortoit lespetits garçons à faire de même. Ses parens le fuioient comme un homme atta-qué de la peste. Períbnne ne l’alla voir dans íès maladies. Admirons la ver-tu de {'Excommunication fulminée contre Acojìa: tant que {'impiété du Juifexcommunié dura, l’un de íès freres fut autorise par elle á retenir les effets de cemalheureux. Toutes ces calamités le forcerent à rentrer enfin dans le giron deíhn Eglise, ou à fàire au moins semblant de fe réconcilier avec elle.
Les conditions de ion absolution furent chargées d’une pénitence insupporta-ble á un honnête homme. „ Il lui fallut monter en chaire devant une très-„ nombreuse Assemblée, Sc lire tout haut un écrit où il consestbit qu’il avoít„ mérité mille fois la mort. Etant deseendu de Chaire , il reçut ordre de se„ retirer à un coin de la Synagogue, où il se déshabilla juíqu’à la ceinture &
„ se déchaussa. Le portier lui attacha les mains à une colonne , en cet état le,, Chantre lui donna les trente-neuf coups de fouet. Le Prédicateur vint en-„ fuite, le fit aíseoir par terre, Sc le déclara absous de {'Excommunication.
„ Après cela {'entrée du Paradis ne lui fut plus sermée comme auparavant.
„ Acojìa reprit ses habits, s’alla coucher par terre à la porte de la Synagogue Sc,, ceux qui sortirent passerent fur lui. " Voila la Cérémonie de {'Absolution de •ce Juif, dans les propres termes de Mons. Bayîe.
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