SUR LES CEREMONIES DES JUIFS &c. 119
méthode avantageuse ; Peffet qu elle produit sur la conscience des gens de bien& la réparation à quoi elle force l’orguéil des autres, (a)
La FÊTE de l’EXPIATION ou te CHIPUR.
C’est la Fête dont il est parlé au Livre du Levìtîque. Ch. 16. &c au Ch. 2.3»v. 17. Lorsque la Fête commence, on s assemble á la Synagogue ; chacun allu-me íà chandelle ; on entonne les prières & les cantiques d’une voix fort élevée& lugubre. Il faut rendre aux Juifs la justice qui leur est due : ils observent avecun foin extraordinaire tout ce qui s’appelle les dehors de la pénitence, & commeLimitation fait beaucoup en cette occasion, peu s’en faut que le spectateur nesente a son tour de vifs remords de ses péchés, lorsqu il voit toutes les (b) marquesexterieures de la contrition se réunir en la personne d un Juif qui va achever íàpénitence & se condamner solemnellement devant Dieu par une longue énu-mération de ses péchés. Cette Confession est disposée par ordre alphabétique*Chaque péché a sà lettre , & se présenté ainsi plus facilement à la mémoire dupécheur.
Les sommes allument aussi les chandelles à la maison & en tirent de bons oude mauvais présagés, suivant que la lumière éclaire.
Les Juifs expliquent l’afliction de lame , dont il est parlé au Ch. 2.3. du Lé-vitique, par la privation entiere de ce qui recrée le corps & occupe agréablementl’esprit : mais il y a des exceptions pour les enfans qui n ont pas encore onzeans, pour les sommes enceintes, pour les sommes nouvellement accouchées, pourcelles qui nourrissent, pour les malades & pour les vieillars.
Le premier soir de la Fête on admet dans l’Assemblée ceux qui mènent unevie scandaleuse &c déréglée , & l’on les y invite même, parce qu’ils doivent êtreparmi les fidelles, comme le ( c ) Galbanum parmi les bonnes odeurs. Deux Ra-bins, qui se tiennent, l’un á la droite & l’autre à la gauche du Chantre, fontcette invitation solemnelle, & déclarent à l’Assemblée qu ils permettent de prier avecles mêcbans. Après cela le Chantre va ouvrir 1 ’Hechal & chante une assés longuepriere , que la Synagogue redit tout bas. Cette prière abolit les vœux, les fer-mens & les résolutions téméraires de l’année précédente ; pourvu qu’on les aitFait librement &c de soi-même.
Quelques Pénitens passent la nuit & souvent le lendemain debout, sens chan-ger de place, toujours en prières & en méditation: mais ceux qui passent lanuit chez eux doivent se retrouver le lendemain dès l’aube du jour à la Synago-gue & continuer leur pénitence. A la fin du jour, le Rabin étend ses mainsvers le peuple & lui donne la (d) Bénédiction de Moïse. Le peuple la reçoitavec beaucoup d’humilité en se couvrant le visege de ses mains, parce qu’il croitque Dieu est derriere le Rabin ôc que l’homme ne doit pas avoir l’audace de leTom. I, A a re-
(a) Rosit Auteur des Religions d» Monde t est peu exact à son ordinaire, & fort confus dans la descriptionqu il donne des Cérémonies de la Veille du Chipur.
{b) Ces marques sont des habits sales & usés, des habits de deuil, ou mortuaires ; un air contrit '& abatu;une longue barbe, des yeux qui regardent la terre & que la pénitence rend languissans & dispose même aux lar-mes; un triste silence, une sainte impétuosité qui détermine le pénitent à fendre la presse des dévots, pour en->trer des premiers dans la Synagogue; une distraction si forte, pendant qu’on repasse l’alphabet de ses péchés,que 1 on en perd 1 usage des sens. Enfin unediete parfaite, qui épuise les esprits animaux & n en laisse qu’au-tant qu’il en faut pour soutenir le corps pendant la méditation de l’esprit.
(c) Voiés Buxtorf. Syn. Jud. Cap. 16 ,
id) Nombr. Chap. 6.