28 DISSERT. SUR LA RELIG. CHRETIENNE
„ Christ depuis vint ans, trouve que toute la force en est imprimée en elle par„ état, quoique l’ame dans toute íà voie n’ait point de vue distincte de Jésus-„ Christ. " Telle est la sublimité de cet état contemplatif. Il est bon de liredans Xînsruclion sur les états d’Oraison la maniéré dont M. Bossuet réfuté Cette su-ppression des Ables de foi.
Pour continuer le récit de ces subtilités, dans lesquelles le Quietiflefe guinde , pour ainsi dite, au-deífus des nues ; il fè croit obligé daneantirtous ses désirs, après que lame s’est confondue, abimée , anéantie dansl’eílence de la Divinité, (a) ,, L’ame doit être morte a fe s souhaits. . . . vou-„ lant comme si elle ne vouloir pas, comprenant comme si elle ne compre-„ noit pas, peníânt comme si elle ne peníòitpas, íàns avoir même de l’iricli-„ nation pour le néant &c. ce qui est lester de la connoistànce qu’elle a de íbn„ état contemtible. Elle íê croit dans l’impostibilité de mériter rien , & fè re-,, connoit même indigne de postèder la vertu. íf Quelques Mystiques y met-tent cette exception , à moins que Dieu mime n’inspirât ces demandes & cesdésirs ^ & que le saint Esprit ne nous apliqudt à ces mouvemens qui portent à defererpar la Volonté divine. S’il ne falloir rien demander à Dieu , que ce que Dieului même inspire & à quoi le S. Eíprit nous applique, il est bien vrai que l’onretrancheroit par là une infinité de prières inutiles ; mais íòus ce prétexte ontomberoit dans un autre excès ; car ou l’on cesieroit de rien demander à Dieu,juíqu’à ce que l'on reçut une inspiration particulière, & de là ilíuivroitqu’il fàudroitrester íòuvent dans une parfaite inaction:ou l’on íè croiroit en droit d’attribuer à Tin-ípiration du S. Eíprit des mouvemens irreguliers que la chair peut faire naître dans laplus (b) parfaite contemplation. Leur résignation , feur confusion, (si l’on peutledire) ôc leur anéantissement en Dieu va si loin, que l’on en peut concíurre une(c) entiere indifférence à être en grâce ou riy être pas , agréable à Dieu , ou haï deîui y avoir de l’amour pour lui , ou n en avoir pas. Tel est le íèns rafiné qu ils don-nent à cette demande de l’Oraiíòn Dominicale, Votre volonté soit faite.
La Doctrine des §uíetijìes exclut toute réflexion , & (d) Molinos y est
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tien qui n’a point de vûe distincte deJefus-Christ nê petit màfiquer d’oublierfhumânité dil Sauveur: mais peut-être ne doit on pas trop presser fur cet argument. Les Mystiques pourroiéntjbienn’avoir pas senti les conséquen-ces qu’on en peut tirer contre la distinction des personnes de la Trinité. L’Auteur d’une Lettre Angloifi quiíe trouve dans le Recueil de pieces concernant le Okìetisme imprimé à Amsterdam en 1688. prétend justifier leOuietistne fur cet article. 11 prétend que les Catholiques Romains y ont crû voir bèaucoUp plus de mal qu’iln’y en a, parce qu’ils tombent dans une autre extrémité, qui est, dit-il, de croire Jefus-Christ adorable ì toutpuissant & tout savant a P égard de fin humâhitê constderée par abstraction. 11 prétend encore que Molinos 8 c ses Secta-teurs ont voulu s’opposer au torrent des superstitions que cette opinion a introduite ; il lui attribue l’origine desCrucifix, l’adoration de la Croix & de l’Eucharistie &c. La partialité paroît un peu dans ce jugement. Quoi-qu’il en soit, il nous semble' que le Ch. 1 6. du premier Livre de la Guide Spirituelle reconnoit l’humanité deJesus-Christ: mais fauteur veut qu’on ait de cette humanité une idée beaucoup plus noble que l’on ne l’aordinairement', & par conséquent il est vrai qu’il énerve une partie du culte, non Religieux, mais Super-stitieux.
(a) Molinos Guide Spirit. p. 194. & 196. Edit. d’Hôll. 1688. ^ .
(st) Voi. dans Y Instruction fur les divers Etats d’Oraifin par M. Bossuet la réfutation de 1 apologie qu’ils fontde cette Doctrine, en disant qu’ils ne prétendent donner l’exclusion qu’à des demandes connues & à des dé-sirs aperçus. Galimatias plein d’abus & de fanatisme, ert quelque sens qu’on le prenne.
(c) M. Bossuet tire cette conséquence contre les Quìetifles ; cependant il ne semble pas qu’elle se trouve siprécisément dans les Chap. 19. 20 & 21. du Livre 3. de lâ Guide Spirituelle de Molinos, ou il traite duvrai & du parfait anéantissement.
„ (d) L’entendement, dit-il, abandonne toutes les réflexions & tous les raisonnemens. Dieu fait avan-„ cer l’ame par le moien de la connoissance obscure d’une foi simple &c. Guide Introd. Sect. 1. N. 2. l’ame„ étant une fois privée du raisonnement ne sauroit âvec tous ses efforts faire une feule réflexion. Ibid. L. i*Ch. 2. N. 6 . De cette doctrine on peut en tirer des conséquences fâcheuses. Ne dira t’on pas qu’elle sert àexcuser des transports déréglés dont souvent on n’est point maître dansl’état contemplatif du corps ? La pré-tendue suspension des sens /tandis que Von s* enfonce dans le chemin mystique oìi Vame se perd en Dieu, n’està pas des plus illusoires ? Suivés ces principes pied à pied & vous decouvrirés que la priere de l’ame n’estplus qu’un galimatias superbe. En vain disent ils, que le raisonnement qui lui manque est m des plus grands bon-